Les lectures de Cécile

15
juil

Une photo, quelques mots #8 : Se perdre et se retrouver

tendresse

 

Mon monde s’est écroulé il y a un an.
Tout ce à quoi j’ai toujours cru s’est révélé néans.
Mes parents ? Des menteurs.
Mes frères ? Des inconnus.
Ma vie dans les beaux quartiers et mon école hupée ? Des mensonges. Un songe.

Je sais que j’aurais du être reconnaissante. Je sais que j’aurais du me réjouir de la vie que j’ai eue, de mon enfance privilégiée, des ces écoles qui m’ont permis de me différencier, d’atteindre les meilleurs universités. J’aurais dû être reconnaissante envers mes parents, si je peux encore les appeler ainsi, de m’avoir permis de devenir cette femme que je suis. Cette femme sûre d’elle, sûre de l’effet qu’elle fait aux hommes, sûre de sa prestance  et qui est devenue la meilleure dans son domaine.

Sauf que tout s’est écroulé il y a un an quand j’ai découvert ces papiers d’adoption et alors, je n’étais certainement pas capable d’avoir une once de reconnaissance.

Cette femme que je suis devenue, qui était-elle vraiment ? Une imposture. Rien de plus.

Incompréhension, déni, colère… Je suis passée par toutes ces phases. J’ai hurlé, crié, pleuré. J’ai refusé les explications. Puis je les ai écouté mais elles ne m’ont pas appaisées.

Pourquoi m’ont-ils menti ? pourquoi ne m’ont-ils rien dit ? pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?

Mon monde s’est écroulé et j’ai sombré.
J’ai quitté mon travail, j’ai arrêté de manger, j’ai quitté Paris, et je me suis noyée.
Je me suis perdue, j’ai suffoquée, et je n’ai plus su à quoi me rattacher. Avez-vous déjà eu ce sentiment de ne plus controler votre vie ? de ne plus savoir qui vous étiez ? Je l’ai vécu. Et on peut dire que je l’ai mal vécu.
J’en ai voulu au monde entier. A ma famille de m’avoir caché une partie de mon identité. A mes parents biologiques de ne pas avoir voulu de moi. A mon fiancé, de ne pas avoir su me comprendre et de penser que ma réaction était disproportionnée. Ne devais-je pas être reconnaissante ? Croyais-je vraiment que j’aurais été quelqu’un de différent, que je n’aurais pas été intelligente, belle, drôle ? Ne devais-je pas remercier ma famille pour l’amour et le soutien qu’ils m’avaient donné et essayer de les comprendre plutôt que de les rejetter  et de les juger ? Non. Non. Non. Juste non.

Je suis partie. Je les ai quittés. J’ai sombré…

Et je me suis relevée.
Avec un nouvel objectif. Retrouver mes parents biologiques.
Un an. Un an de recherche, de fausses routes, de frustration, d’espoir. Un an sans reprendre contact avec ma vie d’avant. Un an sans rien d’autre à l’esprit que de savoir.
Un an sans donner de nouvelles à mes parents, à ma famille, à mes amis, sans même me demander comment eux, vivaient les évenements. Un an d’égarement et d’objectifs qui m’ont conduit à ce moment précis.
Moi assise au bord de la seine, dans les bras de ce père qui m’a fécondé et dont l’amour qu’il me portait l’a poussé à faire la chose la plus dure qui lui ait été donné de faire : m’abandonner pour que je puisse avoir une vie meilleure que celle qu’il pouvait m’offrir après la mort de ma mère à ma naisssance.
Je me suis perdue pendant un an, mais maintenant je sais.

En regardant ces personnes sur la rive d’en face rire et être heureux, je réalise mon égoisme. Cette fille qui riait comme eux il y a encore un an, c’est moi.
Celle que je suis, celle que je me suis battue pour devenir, celle que mes parents ont aidé à devenir. Oui j’aurais été différente si je n’avais pas été abandonné mais au fond qu’est-ce que ça change ? celle que je suis devenue à tout pour elle et elle n’a pas le droit de se plaindre. Je l’aime déjà, ce père biologique, avec ses cheveux blancs, ses habits mal coupés, ses mains rêches d’avoir trop travaillé le bois.
Je l’aime pour avoir eu la force de faire ce qu’il a fait et pour m’avoir permis de devenir celle que je suis devenue.
Je l’aime oui. Je suis heureuse, ici, dans ses bras. Soulagée aussi.

Je suis en paix maintenant car je sais qui je suis.

Et je crois qu’il est temps que je retourne près des miens. Que je me retrouve. Que je les retrouve. Ma famille, mes amies. Ma vie. Moi.

Photo de Romaric Cazaux
Merci encore à Leiloona de nous proposer ses ateliers d’écriture.

 

3 commentaires sur “Une photo, quelques mots #8 : Se perdre et se retrouver

  1. Très jolie histoire. Je crois qu’on ne cesse jamais de se retrouver.

  2. La photo n’en est que plus forte après la lecture de ton texte. Très émouvant.

  3. tout comme Leiloona je trouve ton texte très émouvant. bravo.

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