Les lectures de Cécile

25
mai

NIL de Lynne Matson ou la déception faite livre

NILpic 

Pour vous résumer ce livre, je me permets de reprendre la présentation parfaite (attendez, ça fait 6 mois que je n’ai pas fait de billets, faut pas trop m’en demander), la présentation parfaite, disais-je, de ma copine Bladelor (dont je vous invite à lire le billet beaucoup plus positif que le mien ici

Nil est une île paradisiaque qui ne figure sur aucune carte, une dimension parallèle dans laquelle échouent par hasard des adolescents. D’un instant à l’autre, ils disparaissent pour réapparaître sur Nil (nus comme des vers)(heureusement qu’ils sont tous bien gaulés)(et qu’ils ont des habits à disposition)(vous sentez le billet plein d’ironie ?)(Vous sentez bien).

Pour en partir et retrouver leur existence, une seule solution s’offre à eux : celle de trouver une « porte ». En effet, chaque jour une sorte de portail magique s’ouvre sur Nil. Une porte par jour qui ne peut accueillir qu’une personne. Les habitants, forcés de Nil, ont exactement un an pour trouver la sortie, au-delà ils ne survivent pas.

Charley, une jeune Américaine, vient de débarquer sur l’île où elle est accueillie par son leader : Thad.

Le compte à rebours à commencé… (Cette phrase hautement anxiogène vient de moi et a pour but de vous apporter un peu de stress)(à défaut d’en avoir dans le livre)(oui, c’est petit. Pardon, je ne recommencerai plus).

 

Bon, donc en lisant ce résumé, avouez que vous aussi vous pensez « Lost » « survivre » « Hunger Games » « ils vont crever de faim » « chouette, des gamins qui vont devoir survivre » « Kho lanta » « ils vont manger des vers de terre » et même, si vous êtes un psychopathe « ils vont devoir se tuer et se manger entre eux »

En tous cas, c’est comme ça que j’ai commencé le livre (sans la partie cannibale, bien sûr).
Sauf que… Comment dire…
Nil, ce n’est pas tout à fait ça.
Ce n’est pas un mix de HG et de Lost et de Robinson Crusoé.
C’est plutôt un mix de Santa Barbara, Beverly Hills & 7 à la maison.

1/ Charley a 17 ans et se réveille nue comme un ver sur une île :
a- Elle galère à trouver des habits et s’en confectionne à base de plantes et de noix de coco (en guise de coque de soutien-gorge).
b- Elle reste nue.
c- Elle trouve miraculeusement à 2m d’elle un bermuda d’homme (qui lui va comme un gant, car elle très mince et mesure 1.82m)(la salope) et un bandana (qu’elle noue autour de sa poitrine)(je ne sais même pas si je peux faire le tour de mon poignet, moi, avec un bandana, la vie est injuste) ainsi que des sandales. (Pratique, quoi).

Indice : il y a peut être bien quelques facilités dans ce livre. Peut être.

 

2/ Pendant deux semaines, elle erre et survit à base de jus de noix de coco et peu de sommeil. Le 13ème jour elle croise un garçon d’environ 13 ans (Jordan, je crois)(ou Jason)(Bref un truc en J) et un autre de son âge (Thad)(comme dans Thad’beaux-yeux-tu-sais)(ah ah qu’est-ce que je suis marrante). Il la trouve canon. Elle le trouve canon. C’est le coup de foudre. Elle va chercher quelque chose, s’évanouit et se cogne la tête. Il la porte jusqu’à la « cité ».

Il la veille pendant la nuit puis, quand elle se réveille, lui propose de prendre un bain. Elle s’inquiète de puer. Elle le trouve beau. Il la trouve belle. Et ne pense pas qu’elle pue.
Bref. C’est le coup de foudre (oui je me répète. C’est l’avantage d’être l’auteur de ce billet, je peux faire ce que je veux).

Donc elle va se baigner, il lui apporte une jupe propre (et courte) et matte ses longues jambes. Des vêtements propres, me direz-vous ? Mais comment les confectionnent-ils, vous étonnez-vous avec raison ? À quoi je vous répondrai que je ne sais pas, et qu’il ne faut pas poser de questions… c’est la règle de Nil. Et ici, c’est Nil (ça rime avec Cécile)(aucun lien, fils unique) qui fait la loi.

Oui je sais, je n’ai toujours pas posé de questions. Désolée, mais je prends mon temps pour poser le contexte. C’est important le contexte. Donc ils sont là, propres et beaux, et déjà amoureux (ou presque)(faudra attendre 2 jours pour ça) et il lui explique quelques trucs sur Nil. L’île. Qui rime avec Cécile donc.

– On y reste que 365 jours
– Si on n’a pas réussi à partir avant la fin de l’année, on meurt.
– On rentre par des portails qui ondulent et on repart de la même manière.
– Les portails apparaissent une fois par jour à midi et ils sont durs à attraper.

 

2/ Mais que font-ils d’autres, ces portails ?
a- Ils apportent des animaux tels que des rhinocéros qui sont pas gentils gentils et que ces ados arrivent à tuer grâce à leurs couteaux en métal (d’où ont-ils le métal vous demandez-vous une fois de plus avec raison ?  Eh bien… je ne sais pas. Ils en ont. C’est tout. On vous a dit de ne pas poser de questions.)
b- Ils apportent aussi (on parle des portails, suivez un peu) d’autres animaux comme des poules, des vaches et des cochons, ce qui est plutôt bien pratique pour avoir du lait, des œufs et du saucisson.
c- Mmmm, quelle était la question déjà ?

 

3/ toute fille normalement constituée aurait déjà, pendant sa période solitaire :
– fait 10 crises de nerfs.
– eu 666 crises de larmes.
– pensé à ses parents, famille et amis toutes les 2 secondes et aurait au moins pensé quelques fois à Internet et WhatsApp.

Mais Charley n’est pas comme toute les filles (déjà car elle est mince et fait 1m82)(la salope)(manquerait plus qu’elle soit marseillaise et je jurerais la connaître)(désolée je place des private jokes). Donc elle est pas comme tout le monde car :
– elle est mince, musclée et fait 1.82 (la salope)(comment ça, je suis lourde ?)
– pendant les 12 jours où elle est seule, elle ne pleure qu’une fois alors que bon. ELLE EST SEULE SUR UNE PUTAIN D’ILE DESERTE, quoi !
– elle ne pense qu’une fois à sa famille et zéro fois à son confort et à ce qui lui manque. (J’en connais une qui n’est pas accro aux LC WhatsApp, hein)(Ni aux bains chauds)(Ni aux culottes).

Indice. Non il n’y avait pas de questions. Je voulais voir si vous suiviez ou si je vous avais perdus.

 

4- Thad (‘La Chance) (ah ah, avouez que je vous avais manqué) écrit le nom de Charley sur le mur où tous les ados écrivent leurs noms. À côté des noms, il y a des croix pour ceux qui sont morts. Et je sais plus quoi à côté de ceux qui ont pu partir par une porte. Quel échange surréaliste à lieu pendant que Thad (des yeux revolvers heuuu, t’as le regard qui tuuuue, tu m’as tuée la première…)(mmmh, pardon.)
Donc, Thad écrit le nom de Charley sur le mur. Quel échange surréaliste est vraiment dans le livre ?

a- « – Comment ça se termine ton nom ? Par « i-e » ou « y » ?
– « E-y », j’ai répondu en appuyant sur le « e ».
– Ça ne m’étonne pas, a-t-il gloussé.
– Qu’est-ce que je dois comprendre ?
Thad a terminé de graver le « y », puis a soufflé sur mon nom. Sans se retourner,  il a répondu :
– Parce que « lie » ca veut dire « mensonge » Mais toi, tu es la fille la plus vraie que j’ai jamais connu, sur Nil, et avant
(dois-je rappeler qu’ils se connaissent depuis 3 minutes 52 ?)

b- « – Comment ça se termine Cécile ? avec i-l ou i-l-e?
– i-l-e
– Ça ne m’étonne pas, a-t-il gloussé.
– Qu’est-ce que je dois comprendre ?
– Thad a terminé de graver le « e », puis a soufflé sur mon nom. Sans se retourner,  il a répondu :
– « il » ça s’écrit comme Nil, et comme IL qui est un pronom masculin. Toi t’es ni une île (ni une île, nil, : que de riiiiime !!! je suis un génie) et t’es pas un Il, t’es une Elle car t’es la fille la plus féminine que j’ai jamais connu, sur Nil et avant.

 

5- Sur cette île, la vie est dure. Très dure.
Même s’ils vivent sur une île déserte, ils ont quand même accès à beaucoup de choses que les participants de Kho lanta tueraient pour avoir.
Qu’est-ce qu’ils n’ont PAS sur cette île :

(Petite parenthèse non sarcastique : dans la liste ci-dessous, vous allez voir souvent le mot « roll ». 
Il remplace ce sublime émoticon qui roule des yeux : 1139-yeux-ciel  et que je ne peux pas mettre partout vu qu’il détruit ma su-blime mise en page à se mettre en l’air là, comme ça)

Donc, qu’est-ce qu’ils n’ont PAS sur cette île :
– Des habits propres (roll)
– Des huttes, car il y a des arbres à papier(roll)
– Des épices, car ils trouvent pleins d’herbes qu’ils peuvent manger (roll)
– Des draps, car bon ça aurait été dommage de se passer de draps propres (roll)
– Du lait, vu qu’une vache est venue par le portail (roll)
– Des œufs, vu qu’ils ont trouvé une poule (roll)
– Du porc de temps en temps pour varier la nourriture (roll)
– Des crevettes 
– Du poisson frais tous les jours, tendre et assaisonné de citron (roll)(roll)
– Des fruits en veux-tu en voilà
– Des peignes aussi, car les nœuds ça craint (roll)(roll)
– Du maquillage qu’ils font à base de je sais plus quoi (roll)(roll)
– Du savon !!! (Ben oui, une des filles est très douée pour en faire)(et des personnages qui puent la transpiration, ça le fait pas trop) (roll)(roll)(roll)
– Du pain !!! (Oui. Du. Pain) (un des garçons a ses parents qui sont boulangers, vous comprenez)(Comment ça « ou est-ce qu’ils trouvent la farine et la levure ?)(Dites, vous oubliez la règle de Nil ou quoi ?) (roll)(roll)(roll)(roll)
– Des diamants bruts (non, ce n’est pas une blague).
– De l’eau fraîche.
– De l’électricité. 

Indice : les bêtas sont mauvaises, mais pas à ce point non plus, de l’électricité sur l’île ce serait quand même gros. (pas comme le pain et le savon, quoi).

 

6- La vie est dure, donc.
Ils sont tous beaux comme des top models, débrouillards et ils doivent chercher des portes qui ondulent, et tuer des fois des animaux sauvages. Du coup, pour décompresser, ils surfent, jouent au foot, au volley (ça tombe bien Charley est championne de volley) et ils font même du parapente. Je répète, ils font même du PARAPENTE !

Bienvenue à Galaswinda darladirladada, Y’a du soleil et des nanas, darladirladada, on va s’en foutre jusque lààààà, darladirladada….

 

Pardon pour cet interlude musical. Dur on vous dit ces vacances au club med d’être coincés sur Nil. Vraiment dur. On sent qu’ils galèrent vraiment pour survivre.   

Et entre tous ces repas et activités, ils se passent pleins de choses.

Genre Thad et Charley ne se comprennent pas toujours. Alors qu’ils se connaissent depuis 1 jour et demi et qu’il lui a montré un endroit paradisiaque, il veut l’embrasser, mais n’ose pas et lui demande si elle veut retourner avec les autres. Elle veut l’embrasser aussi mais se dit que s’il a posé la question c’est qu’il veut y aller. Alors, elle dit ok. Mais lui aurait voulu qu’elle dise non.
Et le lendemain il part avec une fille qui a de gros seins et des hanches fines (roll) (alors que bon, elle, elle est juste grande et mince quoi…)(roll)(roll) je ne sais où. Et quand ils reviennent c’est Charley qui part. Les jours passent. Il y a des non-dits. Trop de non-dits. Et les adolescents ressentent les tensions de leur leader Thad. Ils vont dire à Charley de s’expliquer avec lui. Que tout le monde souffre de leurs non-dits. Mais elle ne voit pas de quoi ils parlent. Il s’en fout d’elle, vous comprenez. Il la considère que comme une amie… 

Santaaaaaa barbaraaaaa, tu me diraaaaas, pourquoiiiiiiiiii

Pardon. 
Donc finalement ils se parlent, se baladent, se déclarent enfin leur flamme et là… 

Premier baiserrrr, échangéééé, sur une plaaaage, en étéééé.
Premier amouuuuur, un beauuu jouuuuuuuurrrr.

Que celles qui ne connaissent pas cette référence musicale lèvent la main que je leur envoie une porte qui ondule sur leur chemin. Non mais. Annette et Justin, quoi.
(il paraitrait d’ailleurs qu’Annette finit avec Mr Girard ! Sérieux quoi. WTF le monde ? Après Nicolas et José qui couchent ensemble, Annette et Mr Girard. Tout mon être se révolte à cette idée).

Mmmmh, où en étions-nous, déjà ?
Je sais plus, en vrai, je voulais juste caser les chansons de Premier Baiser et Santa Barbara dans ce billet.
Maintenant, je peux arrêter ce billet, le sentiment du devoir accompli et bien fait.

Comment ça, vous en voulez encore ?
Qui c’est la meilleure ? Cécile ! Encore une fois ! CE-CILE !
Nil ou Cécile ? Je vous entends pas !!!! CE-CILLLLLLE !!

Ok, allez je continue. Parce que c’est vous, hein :-)

Bon alors, dites-moi entre qui se passent les dialogues suivants :

«- Pourquoi tu me regardes comme ça ? je lui ai demandé en m’essuyant la joue comme si j’avais quelque chose dessus.
Il n’y avait pas de miroir sur Nil, ce qui était un réel problème.
– Je suis ton conseil à la lettre : je me focalise sur le positif.
Il a continué à me regarder puis a ri.
– Je parle de toi, au fait !
– Voilà ce qui arrive quand on vit sur une île à moitié déserte. On devient aveugle.
– Écoute, il a dit, soudain sérieux. Si quelqu’un est aveugle ici, c’est toi. Je ne sais pas si les mecs en Géorgie étaient débiles ou s’ils avaient trop peur de te demander de sortir avec eux, mais tu es la fille la plus belle que j’ai jamais vue. Plus que ça, j’ai l’impression que tout colle entre nous. La moitié du temps, tu dis ce que je pense, ou ce que j’aurais dit si mes pensées étaient un peu moins chamboulées… Tu me fais de l’effet, Charley « e-y ». »

 

« – Bart m’a dit que toi et Talla, vous avez été ensemble. Je veux juste savoir s’il y a un passé entre vous. Ça m’est égal, je veux juste savoir.
– Un, n’écoute jamais Bart. Deux, il n’y a rien entre Talla et moi. Il n’y a jamais rien eu et il n’y aura jamais rien.
J’ai haussé les sourcils, déçue de ne pas savoir n’en lever qu’un.
Thad semblait exaspéré.
–  Écoute, je suis sérieux. Talla est… (il a agité les bras) Talla. Une amie. Rien de plus. Je ne rêve pas d’elle. Je ne pense pas à elle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je ne pense qu’à une seule fille, et c’est toi.
– Je te crois, j’ai répondu. Mais une partie de moi me dit que ce n’est pas possible. Comme si quelqu’un était allé voir dans ma tête pour trouver le garçon dont je rêvais, et c’est toi. C’est trop parfait. C’est trop beau pour être vrai. »

Donc, entre qui se sont passés ces dialogues ?
a- Justin Bieber et sa copine
b- Ma copine Julia et Grosquick son amour de toujours
c- Moi et Justin Timberlake
d- Fleur et Joe Dassin
e- B et son application de running
f- Thad et Charley (e-y)
g- Mon neveu et son amoureuse qui sont au CP.

 8- Bon, j’ai arrêté ici le massacre. J’ai eu vraiment peur que mes yeux restent coincés derrière la tête à force de les rouler. Mais j’ai lu la fin (of course).
Attention spoiler :

Que se passe-t-il à la fin (trouver la réponse fausse) ?
a- Charley et Thad ne couchent pas ensemble, car ils n’ont pas de capote et il ne veut pas qu’elle tombe enceinte et ne puisse pas passer la porte après (vu qu’on ne peut que passer seul dans les portes).
b- Thad atteint dans quelques jours l’année de présence sur Nil. Ses jours sont comptés. Ils partent à la recherche d’une porte et quand il en voit une, il pousse Charley dedans.
c- Charley se retrouve nue dans je ne sais quel pays, est rapatrié chez elle et déprime, déprime, Thad, Ô Thad mon amouuuur, qu’as-tu fait ???? Je me meurs. Ma vie sans toi est un suplice.
d- Après 50 jours sans Thad, Charley décide de vivre, elle lui doit bien ça.
Quelqu’un sonne à sa porte et
e- Surpriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise.
f- C’est Thad (‘déconné de m’avoir poussée à travers le portail). Ben oui, en fait, il y a eu une porte double et, par chance, il a eu celle d’après. L’est pas belle la vie ? 
g- Je t’aime, jamais je ne te quitterai. Moi pareil.
h- Ils meurent tous car ils ne trouvent pas de portes.

 

 

Honnêtement, il y avait tellement de potentiel à cette série que je comprends les coups de cœur. L’idée de base était excellente, ces jeunes coincés sur une île, avec un compte à rebours pour s’en sortir.
Mais comme je le disais à mes amies sur whatsapp, il n’y a aucun sentiment d’urgence, on ne flippe jamais, l’histoire est davantage focalisée sur la bluette d’adolescents que sur l’action qui est quasi inexistante.
On n’a jamais peur et on ne stress jamais pour les personnages, les méchants meurent comme par magie et ces ados ne se battent pas pour survivre, ils ont du pain, de la viande, des œufs, du poisson… on a l’impression d’être dans une colonie de vacances.
Dommage donc, grosse déception pour moi mais ce livre a le potentiel de plaire si on s’attend à une romance et non à un livre à la Hunger Games.
Et pour des avis opposés au mien, je vous invite à lire les avis très positifs de Mylène, Bladelor, Clarabel & Simi.

21
jan

Meurtres pour rédemption de Karine Giebel : une lecture éreintante, une claque, un livre dur, un livre fort.

meurtres

« Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons ». Dostoïevski.

Une claque. 

Je ne sais pas comment décrire autrement ce livre. 
Comment vous en parler en rendant justice à tout ce qu’il a fait naître en moi comme émotions. 
En lisant « Meurtres pour rédemption » on comprend vraiment ce que « vivre un livre » veut dire. Cette expression prend tout son sens à travers ses presque 1000 pages. 

Car je n’ai pas fait que lire, j’ai vécu ce livre. J’ai été Marianne. Je l’ai connue, traitée de folle, presque méprisée pour finalement l’aimer, la respecter, la comprendre, lui pardonner. 
J’ai vécu ce livre, j’ai été emprisonnée à ses côtés, j’ai versé autant de larmes qu’elle a versé de sang.
J’ai été frappée, soutenue, aimée, haïe avec elle.
J’ai pleuré pour elle, eu le cœur brisé pour elle, pour d’autres, pour la vie qu’elle n’a pas mérité.
J’ai aussi eu un conflit d’intérêt entre mon cœur et ma raison. Comment lui pardonner ? Pourquoi vouloir qu’elle s’en sorte ? Elle a quand même tué ! Elle est quand même violente ! Et Daniel ? Comment je peux l’aimer quand je réfléchis deux secondes à ce qu’il a fait pendant un an ? 
Et pourtant ! Et pourtant, je les ai aimés, lui, elle, eux. 

J’ai plongé. J’ai plongé dans ce livre. Dans cette prison. Dans ces cachots. Dans la pourriture. Dans la peur. Dans la trahison. Dans les flashbacks de Marianne. 
J’ai frissonné. Eu le cœur retourné. Eu envie d’abandonner. 
A la moitié du livre, au retournement de trop pour mon petit coeur, j’ai hésité à arrêter. 
Pourquoi m’infliger ça ? La vie est assez triste. Pas besoin de m’ajouter un livre aussi dur. Aussi prenant. Aussi oppressant. Aussi glauque. Aussi triste.
Pourquoi continuer ? Chaque espoir étouffé, chaque parcelle de bonheur expédiée, giflée, tuée. Comme tant de personnes dans ce livre. Pourquoi continuer ? 

Pour Marianne. 
Toujours pour Marianne. 

Pas de complice. Personne. Même pas un parloir de temps en temps. Aucun depuis qu’elle était dedans. Oublié du dehors, Marianne. Enterrée vivante. Effacée de la société. Gommée à jamais. Déjà morte. Peine capitale à petit feu. 

 

Marianne. Quelle héroïne ! De celles qui marquent au fer blanc. Une héroïne que je n’oublierai jamais. 
Marianne qui m’a obsédée pendant 7 jours. A qui je pensais tout le temps. Quand j’étais avec mes enfants, quand je me promenais, quand je me couchais, quand je mangeais, quand je profitais de la vie, quand je l’ai fini, quand je me faisais masser chez mon ostheo (en me disant que Marianne ne se ferait jamais masser ses muscles endoloris!). Marianne, Marianne, Marianne… 
Va-t-elle réussir ? Va-t-elle s’en sortir ? Cette salope (de connasse de p***) de Marquise va-t-elle payer ? Que lui veulent ces 3 types ? Quel est le marché ?
Marianne. Marianne. Marianne. 

Et Daniel et Justine et VM et Emma le fantôme et Solange la salope et la hyène et Frank et les autres.
Tant de sentiments pour eux, de peine, d’attachement, de haine, d’amour même. 

Et ce style. Ces phrases courtes et impactantes. Ce perpétuel changement de narrateur qui déboussole au début mais qui donne tant de rythme. Ce style froid et clinique. Et ces descriptions… Dures. Tellement dures. 
Le train aussi, personnage à part entière de ce roman.

Elle croyait avoir du pouvoir… Elle s’est trompée. Elle n’a pas celui de Marianne. Celui de n’avoir plus rien à perdre.

Oui, j’ai plongé dans ce vivre. Je l’ai vécu. J’ai même cessé de vivre pour survivre avec elle pendant 3 jours qu’il m’a fallu pour lire la moitié du livre.
Car après, il y a eu un temps mort. 15% qui permettent certes de souffler, mais qui m’ont aussi sorti de ma torpeur, de mon petit monde qui tournait autour de Marianne.
Trop de répétitions en trop peu de temps, la voir essayer, la voir se prendre une correction, la voir essayer, la voir se prendre une correction. Après 4x, petit sentiment de lassitude. Un peu trop de répétitions et vraiment trop de personnes qui veulent coucher avec elle pour que ce soit crédible.
Pourtant, continuer de tourner les pages rapidement, toujours aimer, mais trouver des défauts et être moins oppressée, souffler un peu. 

Et puis, boom. Le titre du livre qui prend son sens et voilà que ça repart… Welcome back rythme effréné et coeur qui palpite. 
Oui, ça repart jusqu’à la fin, stress qui revient, noeud à la gorge, à une heure près, à une heure près, souffrir, suivre Marianne, être dans sa tête quand elle fait ce qu’elle doit faire, stresser, appréhender aussi ! Va-t-elle le faire ? Va-t-elle réussir ?  
Savoir ce qu’elle ne sait pas et trouver ça tellement injuste… 
Et finalement, le plan qui défaille, ne tourne pas comme prévu… 
La tension continue d’augmenter, et nous voilà définitivement emportée à nouveau pour une dernière ligne droite à suivre Marianne … jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière page qui nous laisse sonnée, vidée, touchée… Une fin juste, à l’image du livre, parfaite aussi, mais qui aura laissé une trainée de larmes sur mes joues, l’impression de quitter une amie, des amis même si je sais qu’ils resteront encore longtemps dans mon esprit.

Comment pouvait-on avoir envie de ressembler à ça ? A cette fille éprise de violence et mariée au désespoir ? A ce désert d’amour  ? A cette ombre au passé infernal et à l’avenir inexistant ? 

Au final, ce livre, c’est une obsession, un cœur qui bat, des boules à la gorge, des noeuds à l’estomac, des larmes aux yeux, des larmes qui coulent.
C’est parfois quelques invraisemblances, quelques moments un peu répétitifs et des passages un peu « too much ».
C’est beaucoup d’émotions aussi et encore plus de contradictions. 
Avoir de l’espoir et ne plus en avoir.
Détester et aimer.
Vouloir écouter sa morale mais finir par écouter son cœur.
Avoir envie de finir le livre mais aussi de rester un peu avec Elle.
Et puis, surtout, ce livre, c’est Marianne.
Marianne, obsédante Marianne. 

Une lecture éreintante, une claque,  un livre dur, un livre fort. 

Et il restait encore à affronter l’avenir. Le plus grand de ses ennemis. Demain.

Et merci à Muriel, Cajou, à B et à Genevieve pour avoir suivi (et subit) mes remarques et pour m’avoir accompagné dans cette lecture ! :D J’y serais pas arrivée toute seule :D (et promis Muriel, la prochaine fois je mets moins de 5 ans à lire tes recommandations !)

19
jan

La Maladroite d’Alexandre Seurat : un petit livre pour une grande claque

la-maladroite

Un petit livre pour une grande claque.
L’histoire d’une petite fille « maladroite » au point d’arriver régulièrement à l’école avec de nouvelles blessures sur le corps. 

Comment tu t’es fait ça ? Elle m’a regardée tout droit, comme elle faisait toujours, elle a souri, et elle a dit, Je suis tombée, et son regard disait, Maîtresse tu ne sauras jamais. Elle a ajouté, Je suis très maladroite, mais ce n’étaient déjà plus ses mots, c’était la ritournelle à servir en toute situation problématique.

L’histoire d’une famille qui nie, d’une petite fille qui cache la vérité, de ceux qui voient et ne font rien, de ceux qui font mais pas assez, ou trop tard, de ces autorités qui manquent de preuves et n’en cherchent pas davantage…
L’histoire d’une fille de 8 ans, maltraitée et malaimée.  

Les dessins de Diana étaient à son image, cabossés, déformés, bizarres, pathétiques, ils me prenaient au coeur. 
Une claque donc. Un coup de poing. Un livre qui secoue, qui nous fait nous interroger et qu’on lit avec une certaine distance car l’auteur donne la parole à divers interlocuteurs (tante, grand-mère, instituteurs, gendarmes, assistante sociale, médecins…) d’une manière assez froide, presque clinique. 
On tourne les pages tout en gardant une distance donc, ou tout du moins c’est l’impression qu’on a pendant une partie du livre…
Parce qu’au fur et à mesure de notre avancée, au fur et à mesure des témoignages, la tension monte, on commence à se sentir oppressé et à la fin on se rend compte en fermant le livre et en se le repassant en boucle que non, on n’a pas pas gardé tant de distance que ça finalement… 
Surtout quand on sait que ce récit est tiré d’une histoire vraie. 
Non. On est touché, on est secoué, on ne comprend pas comment ça a pu aller jusque là. 
Et on s’interroge : comment se fait-il que ce soit si dur de sauver un enfant maltraité ? 
 
Ils auraient dû voir, disent-ils, si eux ne voient pas, alors qui ? C’est tellement énorme. (…)
Au conseil général, nous travaillons dans un cadre précis qui nous est imposé, et nous accomplissons notre tâche en fonction des missions qui nous sont attribuées par la législation. Or le parquet n’avait pas donné suite, l’affaire avait été classée. Les décisions d’évaluations nous les prenons selon les éléments que nous avons, il y a un cadre à respecter. 

Un premier roman réussi qui ne laisse pas indifférent alors même – ou surtout car – il nous touche sans jamais nous livrer de détails physique de maltraitance. 

Un roman fort et à lire. 

Et si vous n’êtes pas convaincus, je vous invite à lire les avis de Noukette, LeiloonaStephie, CajouEmilie