Les lectures de Cécile

27
août

Le soleil est pour toi de Jandy Nelson : la déception YA de l’année

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Mes copines ont adoré ce livre (Sandy (dont vous pouvez lire le billet ici), ainsi que Karine (billet ici), B et Fleur) et j’avais adoré le premier de cette auteure.
Je croyais donc vraiment au potentiel du « soleil est pour toi ».

Sauf que voilà, ça n’a pas pris pour moi. Je l’ai trouvé très dur à lire même si je comprends ce qui a plu à mes copines.
L’écriture déjà, qui est très belle
L’histoire ensuite, poignante et touchante.
Les thèmes aussi, comme les miracles, l’art, la complexité de la fraternité, les périodes difficiles de l’adolescence, les non-dits et mensonges.
Autant de thèmes qui sont d’ailleurs très bien traités, très forts et bien abordés.

Sauf que quand des sujets aussi forts et poignants sont évoqués, ils mériteraient à mon avis d’être nuancés par des passages plus légers et plus drôles.
Or sur 480 pages seuls 5%, à la fin, (soit 24 pages) sont joyeux.
Et le problème, c’est que c’est joyeux à l’extrême, ce qui est en total contradiction avec le reste du livre.

Car que se passerait il si c’était jude l’artiste ? Pourquoi ne le serait-elle pas ? Elle surfe des vagues grosses comme des maisons et plonge depuis n’importe où. Elle a un teint parfait, des amis, elle a papa, le don des Sweetwine, des branchies et des nageoires en plus de ses poumons et de ses pieds. Elle répand de la lumière. Moi, de l’obscurité. 

 

Car laissez-moi vous dire que le reste du livre est suffoquant.

La douleur se dégage de tout le monde : du père, de Noah, de Jude, de la mère, de Guillermo, d’Oscar et de Brian. Tout le monde souffre. Et pas qu’un peu. Il y a des morts, des mensonges, des coups bas, une personne alcoolique et droguée. Il y a la soeur qui trahit le frère. Le frère qui trahit la soeur. Il y a ceux qui mentent. Celui qui fait souffrir la personne qu’il aime…
Chaque étincelle de bonheur et d’espoir est écrasée dans l’œuf. Chaque fois qu’on assiste à moment mignon, à un rapprochement qui nous donne le sourire, il est aussitôt remplacé par de la souffrance ou par une phrase qui vous prends aux tripes et vous pince le cœur. 

– J’aime pas voir des gens. Et j’aime pas porter mes robes.
– Tu n’étais pas comme ça, avant.
Je me retiens de lui rétorquer : « Et toi, avant, tu étais un artiste, tu parlais aux chevaux et tu faisais passer la lune par ta fenêtre pour me l’offrir à mon anniversaire. »

 

Alors, j’ai aimé l’histoire de base, celle de ses jumeaux si proches que certains évènements de la vie séparent.
L’histoire de leurs 16 ans racontée du point de vue de Jude et celle de leurs 13 ans racontée du point de vue de Noah. 

La maison devient si gigantesque qu’il me faut des heures pour rallier la cuisine depuis ma chambre, si énorme que, même avec des jumelles, je ne vois plus ma sœur de l’autre côté de la table ou à l’autre bout d’une pièce. Je ne crois pas que nos chemins pourront jamais se recroiser un jour. Quand elle essaie de me parler, à travers les années-lumière de trahison qui nous séparent, j’insère mes écouteurs dans mes oreilles comme pour écouter de la musique, alors qu’en réalité je tiens l’autre extrémité du fil au fond de ma poche.

 

J’ai aimé les métaphores (même si certains chapitres en ont trop) et certaines idées comme la bible de Granny, les croyances de Jude et de Brian, les personnages et histoires qui se recoupent à la fin, les liens entre les personnages, le fait que l’un devienne l’autre, le destin, dieu & Clark Gable, le pouvoir des oranges…

Des idées sympas et originales qui avaient le potentiel d’apporter de la nuance, de l’humour, du positif à ce livre.
Car si j’aime ressentir des pincements au cœur et de la frustration dans mes lectures, je n’aime pas quand c’est la seule émotion que je ressens sur toute la longueur.

Granny Sweetwine a décrété que ma sœur possédait le don d’Intuition des Sweetwine le jour où elle a découvert qu’elle savait plier sa langue en forme de fleur. On avait quatre ans. Après ça, Jude passait des journées entières avec moi devant la glace à m’appuyer sur la langue avec le doigt pour tenter de m’apprendre le truc, histoire que j’hérite moi aussi du don des Sweetwine. En vain. Ma langue pouvait s’enrouler, se recourber, mais elle était incapable de fleurir.

 

Un peu de ça, oui, mais un peu de douceur, de couinements, d’éclats de rire aussi, et ça aurait été parfait !
Au lieu de ça, j’ai déprimé, j’ai souffert pour tous les personnages et je crois que ce n’est plus ce que j’ai envie de lire en ce moment. Des émotions oui, mais aussi des positives.

J’essaie de masquer la déception qui m’envahit.
« Je prendrai des bains de vinaigre, j’avalerai des œufs crus et je me mettrai à la recherche d’un nid de guêpes pour le porter sur ma tête.

– Je ne comprends pas, dit-il. 
–Pour inverser l’inclination de mon cœur. Vieille tradition familiale. »
 Il rit. « Ah. Très bon. Dans ma famille, on souffre, et c’est tout. »

 

 

14
mai

Trust (Temptation 3) de Ella Frank : la parfaite conclusion d’une parfaite série

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Après avoir lu quelques romances érotiques l’année passée, j’avais fait deux billets sur le sujet “Les 10 fondamentaux pour écrire un mommy-porn” et “les 10 détails dans un livre érotiques qui ont l’air de ne gêner que moi”.
Et vu que ce billet risque d’être long, je vais faire un résumé de ces billets et puis je comparerai ces points avec la série gay et érotique “Temptation” dont je viens de terminer la lecture. (mon avis sur le tome 1 ici, et sur le tome 2 là). 

Donc, en général, dans les livres érotiques, nous avons :

 

1) Un héros riche et jeune.
Et quand je dis riche, je veux dire vraiment vraiment riche. Il est propriétaire d’immeubles, a un chauffeur, pleins de magnifiques voitures qu’il ne conduit pas (vu qu’il a un chauffeur)(et parce que baiser et conduire peut s’avérer dangereux). Il est même propriétaire de l’immeuble où vit l’héroïne ou de l’entreprise dans laquelle elle travaille (non mesdames, nous ne discuterons pas ici de cette coïncidence, aussi belle et pratique soit-elle). 
Mais ce qui est génial, c’est que notre héros a toujours moins de 30 ans (d’ailleurs, je ne voudrais pas paraitre tatillonne mais j’aimerais beaucoup comprendre comment notre héros, à la tête d’une énorme multinationale (en plus d’être à la tête d’une énorme queue)(oops, pardon, je m’égare), donc qu’est-ce que je disais ? Ah oui, j’aimerais qu’on m’explique comment notre héros peut passer tout son temps (et quand je dis tout son temps je veux vraiment dire TOUT SON TEMPS) à baiser et quand même arriver à faire fructifier sa multinationale. 
Parce que bon, soyons honnêtes, s’il y a un moyen d’être aussi riche tout en passant ses journées à jouir, je veux bien le connaitre… merci du tuyau donc…

 

2) Un héros dominant et autoritaire.
Oui, notre héros n’est pas seulement magnifique, doté d’une voix de velours qui provoque des orgasmes, d’une odeur musquée et épicée qui provoque aussi des orgasmes, et foutu comme un dieu (ce qu’est assurément notre héros, et pour cause : baiser 10 fois par jour maintient en forme), il sera également dominant.
Soit vraiment dominant du genre « je vais te faire signer un contrat qui me donnera le droit de contrôler ce que tu manges, ce que tu dis, à qui, et si tu peux ou pas traverser la rue toute seule). Ou dominant plus en nuance (mais pas de Grey)(oui je suis hilarante, je sais) à savoir seulement au niveau sexuel.

Mais dans tous les cas, il aime le contrôle.
Avant de continuer, il faut savoir que j’adore les héros Alpha. Mais pas quand ils changent du tout au tout avant la fin du livre ou de la série comme c’est le cas dans ces livres.

Ici, notre héros si autoritaire (« êtes vous célibataire ? » « ça ne vous regarde pas » «  si ça me regarde car je veux te baiser »), au début du livre, change complètement après être tombé amoureux et devient pire qu’une serpillère. (Une belle serpillère, soit, mais une serpillère quand même).
Il change pour la fille donc, devient monogame, il arrête de passer son temps à bosser (parce que bon, baiser est quand même plus important), est prêt à mettre de côté son orgueil pour la fille et s’avère ne presque plus être dominant (à part pour le fameux « jouis pour moi » sur lequel nous reviendrons plus tard)… et bref notre héros devient un homme ordinaire en somme (enfin un homme ordinaire avec une grosse b*** et très riche)(pas de quoi se plaindre quoi). Il n’empêche qu’à la fin du livre, notre héros n’a plus la personnalité qui nous faisait craquer au début.

 
3. Le passé 
Notre héros devra, et c’est une obligation, avoir un passé trouble et torturé. Sœur décédée, mère droguée, viole, coups et blessures, privé de nutella ou de coca dans sa jeunesse (ou comme l’auteur de ce billet, de peluche Popples) : il n’y a pas trop de restrictions de la part des auteurs. D’ailleurs, plus le héros sera traumatisé, plus la lectrice aura envie de le réconforter et d’être la femme qui arrivera à lui chasser ses démons.
J’avoue que personnellement, je pense pouvoir être excitée sans que nos héros aient vécu plus d’horreurs dans leur jeunesse que princesse Sarah dans la sienne (oui on a les références qu’on a…) mais bon, je suis une rebelle, que voulez-vous !

 

4. Les particularités de l’héroïne et les phrases « type ». 
L’héroïne, quant à elle, pourra être banale, une femme comme nous toutes, en somme, ou elle-même traumatisée. Peu importe tant qu’elle est (impérativement) étroite, mouillée et toujours prête à recevoir le héros de sorte que ce dernier puisse lui dire 15x par tome les phrases suivantes :

– Tu es si mouillée pour moi
– tu es si étroite putain. Parfaite pour moi.
– Jouis pour moi (maintenant). (mmmh, je pourrais pas jouir pour moi plutôt ?)(car laissez moi vous dire que si je pouvais jouir sur commande, je le ferai avant tout pour me faire plaisir)(mais comme je vous le disais, je suis une vraie rebelle)(et bon, ok, aussi un peu égoïste apparemment).

 

5. La communication entre les personnages et leur réconciliation (sur l’oreiller) 
Souvent, tes deux héros se disputeront. Soit à cause d’une ex, soit par incompréhensions, souvent à cause de non-dits. Mais finalement, peu importe la raison de la dispute, ce qui est important, c’est la réconciliation sur l’oreiller.
Finalement pas besoin qu’ils communiquent et s’expliquent, s’ils baisent et que l’héroïne à ses 32 orgasmes d’affilée, ce n’est pas grave si le problème de base n’est pas résolu. 
(En même temps, pourquoi parler quand on peut avoir des orgasmes ? Je ne peux les blâmer !).
Surtout que bon, notre héros a une endurance hors du commun ! Pas besoin d’avoir peur : le héros n’aura jamais, jamais d’orgasmes avant l’héroïne même si celle-ci vient de lui faire une fellation de compét (et puis bon, même s’il jouit, ce n’est pas un héros pour rien : il sera directement près pour 4 autres tours).
Conclusion : le héros de ces romances érotiques a l’endurance d’un sex toy, la langue et les doigts en plus. (mmmh, comment on fait pour devenir une héroïne déjà ?).

Bref, maintenant que nous avons passé en revu les plus gros clichés des livres érotiques, je vais vous dire pourquoi la série Temptation de Ella Frank, qui est une série gay érotique, est parfaite et en quoi elle se différencie des clichés ci-dessus.

 

1) Héros riche et âgés de moins de 30 ans ? Non !
Tate a 29 ans et est un barman qui a mis un peu d’argent de côté mais qui n’est de loin pas multimilliardaire. Logan, quant à lui, a 34 ans (oui 34 !), et est un avocat qui a de l’argent et une très belle voiture (qu’il conduit !) et qui a même une maison de campagne mais qui n’est pas pour autant milliardaire. Et surtout : il travaille pour gagner son argent.
Je ne dis pas qu’ils ne baisent pas hein. Car ils le font. Beaucoup. Mais ils le font avant et après le boulot. On les voit même travailler, et je peux vous dire que c’est bien plus réaliste que ce que j’ai pu lire jusque là dans les livres érotiques.

 

2) Ils passent de dominants à serpillères ? Non !
Ils ne changent pas de personnalité. Car être dominant n’est pas ce qui les caractérise à la base. Ils le sont quand ils doivent l’être (pour notre plus grand plaisir) mais ils sont aussi drôles, sarcastiques, honnêtes, tendres, têtus…
Leur personnalité ne change pas pendant les différents livres : ils sont exactement pareil à la fin de la série qu’ils ne l’étaient au début. Seuls leurs sentiments et leur manière de pensée ont évolué !

 

3) une passé traumatisant ? Non !
Ils n’ont rien vécu de traumatisant dans leur passé. Bien sûr, ils ont eu des problèmes, des moments de remises en questions, des périodes plus difficiles durant leur enfance et leur adolescence, et ils en ont même pendant la série. Mais ce sont des problèmes tellement réalistes par lesquels ils sont passés et par lesquels ils passent, que nous ne roulons jamais des yeux (ce que je fais souvent en temps normal)(comme Ana dans 50 nuances de Grey)(oui je sais, je mérite la fessée).
Donc, ici, tout somme juste et c’est vraiment rafraichissant de ne pas avoir de drames inutiles. (D’ailleurs, en parlant d’adolescence : j’aurais adoré connaître le Logan-ado-intello-geek et le Tate-ado-cool-musicien).

 

4) clichés ? Non !
Bon okay… ils sont étroits… mais bon : c’est normal dans ce cas ;))
Et nous n’avons le droit qu’à deux « jouis pour moi » dans les 3 livres et chaque fois c’est car le premier a déjà jouit, et donc ça passe très bien. Car vous savez quoi ? Ca aussi c’est parfait. Ils jouissent quand ils en ont envie. Ils savent que l’autre va suivre donc ils font selon leur besoin. Bien sûr qu’ils font attention au plaisir de l’autre mais ce n’est pas une obligation pour celui qui est au dessus de finir après l’autre.

 

5) que du sexe, pas de communication ? Non !
Ils communiquent. 
Attendez, laissez-moi répéter ça : ils communiquent ! et c’est vraiment vraiment vraiment rafraichissant et parfait. 
Ces deux personnages n’acceptent pas les conneries de l’autre. Ils agissent exactement comme tous les héros de romances (et je parle de toutes les romances) devraient le faire : ils laissent du temps à l’autre pour venir leur parler mais après quelques jours ils confrontent l’autre et n’acceptent pas de ne pas avoir de réponses.

 

Et maintenant que je vous ai expliqué en quoi cette série est différente des autres, laissez moi vous expliquer pourquoi vous devez essayer de la lire.

Je viens de finir de relire les deux premiers livres et j’ai enchainé sur le troisième tome et c’est comme si j’avais lu un gros et long livre de 800 pages (aucune référence phallique ne se cache dans cette phrase), un livre de 800 pages ou plus, parfait depuis la première à la dernière page.

Durant ces trois livres :
– je suis tombée amoureuse de Tate et Logan,
– je suis tombée amoureuse de leur honnêteté, de leur humour (douteux), de leur côté dominateur qui apparaît de temps en temps, de leur possessivité et leur tendresse
– je suis tombée amoureuse de leur manière de communiquer, de leur façon de comprendre et d’avoir besoin de l’autre,
– je suis tombée amoureuse du fait qu’ils se protègent avec des préservatifs systématiquement.

J’ai aimé que logan soit un intello, qu’il soit sur de lui malgré quelques insécurités, et qu’il n’arrête jamais de parlé.
J’ai aimé son humour, ses sarcasmes, son esprit affuté, son frère Cole…

J’ai aimé Tate, ses doutes, sa confiance, son amour, son côté jaloux. J’ai aimé qu’il devienne autoritaire quand il boit trop, qu’il soit têtu, qu’il se batte pour ce en quoi et à qui il croit.

J’ai aimé suivre l’évolution de leur relation, la chasse, les nons, le déni, l’expérience, le oui, l’acceptation, les sentiments, l’amour, la confiance…

J’ai aimé l’écriture, l’humour, l’absence de clichés, les dialogues, les déclarations d’amour, les réactions des héros, les moments tendres, les SMS, les appels, les sarcasmes et les scènes chaudes chaudes chaudes chaudes !

Bref, j’ai quasi tout aimé et tout le monde. Ella Frank a écrit, à mon avis, une série qui sonne juste. Rien de faux, rien de « trop », juste une histoire originale, bien menée et intense durant laquelle j’ai…

Couiné, ri et été touché.
Trois livres qui m’ont rendu triste, heureuse, et qui m’ont donné chaud !
Trois livres dont je suis tombée amoureuse et qui me laisse en état de manque ! 

Et comme ce billet portait initialement sur le dernier tome Trust, je vais simplement dire que ce 3ème tome est comme les deux premiers. Non, rectification : il est encore meilleur que pour les premiers.
Encore plus drôle, touchant, chaud (la scène a 70% !!), touchant, juste et triste (j’ai même versé ma larme) que les deux premiers.
Les scènes de cul n’ont jamais été trop présentes dans les deux premiers livres mais presque. Dans Trust, je dirais que c’est encore mieux balancé : on les suit dans leur quotidien mais l’histoire n’est pas une excuse pour les faire coucher ensemble (scènes qui sont présentes mais juste quand nécessaires).
En résumé : comme dirait Fleur, ce troisième livre est un peu l’apothéose de la série. Tate et Logan sont simplement parfaits dans Trust, dans toutes leurs actions et réactions. 

Si vous les avez aimé dans les deux premiers livres, vous allez les adorer dans celui-ci. Sans aucun doute.

Et pour celles qui lisent seulement en français, bonne nouvelle : cette série va sortir bientôt chez J’ai Lu ! 

Les avis de Zaza, Sandy, Lily… 

24
fév

Forbidden de Tabitha Suzuma: le livre que je ne voulais pas lire à cause du sujet mais que j’ai finalement lu !

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Forbidden est un livre que je me refusais de lire vu le sujet de l’inceste.
C’était en quelque sorte ma limite en terme de zone de confort. 

Cela faisait des années que je voyais les avis plus que positifs sur la toile et j’avais vraiment peur de lire. Peur que l’écriture de l’auteur soit si belle et si juste qu’elle me donne envie de voir un frère et une sœur finir ensemble.
Car je connais la force d’une belle plume, je sais ce qu’elle peut faire et non, je ne voulais pas qu’une belle plume me fasse adhérer et accepter une histoire d’inceste.

Mais voilà, ma copine B a lu Forbidden, l’a beaucoup aimé et malgré les nombreux débats qui ont suivi sa lecture, elle n’était pas arrivée à me convaincre de le lire (c’est que je suis têtue quand je veux).
Jusqu’au jour où en parlant d’un autre livre (qui traite d’un triangle amoureux et que je me refusais également de lire) elle m’a dit que j’étais pénible (pour ne pas dire chiante) à ne jamais suivre ses recommandations alors que je lui avais fait moi-même lire des livres qui la faisait également sortir de sa zone de confort.
Et bon… il faut croire que le chantage affectif marche avec moi car je me suis retrouvée à lui promettre de lire Forbidden.
C’était en décembre. Il m’a quand même fallu 3 mois et une LC pour le sortir mais j’ai tenu ma promesse (tu n’as pas fini d’en entendre parler B d’ailleurs!). 

Et sincèrement ? Je ne regrette pas de l’avoir lu même si je ne suis de loin pas aussi enthousiaste que la majorité.

Tout d’abord il faut rendre justice au style de l’auteur qui est très beau, très juste, très précis et vivant.
Elle est arrivée à me faire passer beaucoup d’émotions fortes à travers les points de vue de Lochan qui est un personnage très touchant, extrêmement bien écrit et complexe.
Il est d’ailleurs pour moi la plus grande réussite du livre.

 

Talking to adults is bearable; it’s talking to people my age that’s impossible. So I keep replaying Maya’s words in my head. Maybe there is someone who isn’t ashamed of me after all. Perhaps there is one member of my family whom I haven’t totaly let down. But the void yawns open like a cavern inside my chest. I feel so damn lonely all the time. Even though I’m surrounded by pupils, there is this invisible screen between us, and behind the glass wall I am screaming, screaming in my own silence, screaming to be noticed, to be befriended, to be liked.

Parler avec des adultes est supportable ; c’est parler avec des gens de mon âge qui m’est impossible. Du coup, je me répète sans cesse les mots de Maya.
Peut-être qu’il y a quelqu’un qui n’a pas honte de moi après tout. Peut-être qu’il y a un membre de ma famille que je n’ai pas encore complètement déçu.

Mais ça n’empêche pas le vide à l’intérieur de ma poitrine de s’agrandir.
Je me sens tellement seul tout le temps. Et même si je suis entouré d’élèves, il y a cet écran invisible entre nous et derrière ce mur de verre, je crie. Je crie, muré dans mon propre silence, je crie pour être remarqué, pour devenir un ami, pour être apprécié.

 

Pour le reste, si je dois bien reconnaître avoir trouvé leur amour beau et même touchant, je n’ai pas tout de même jamais pu faire abstraction de leur lien fraternel, surtout dans les parties avec des descriptions plus physiques.

Mais bizarrement, ce n’est pas ce qui m’a le plus dérangée.
Cela ne m’a certes pas spécialement plu, bien sûr, mais leur histoire est quand même très prenante, belle et touchante et c’est impossible de rester insensible aux réactions de Maya et Lochan, de ne pas avoir mal pour ces deux adolescents qui ne peuvent pas vivre leur amour comme tout le monde, même si l’on ne cautionne pas cet amour. 
Impossible de ne pas ressentir de la compassion, d’autant qu’eux-même se questionnent, se remettent en question et luttent contre cet amour, cette attraction. 

How can something so wrong feel so right ?
Comment quelque chose de si mal peut sembler si juste ?

 

Non, ce qui m’a davantage dérangée, ce sont quelques longueurs : il ne se passe concrètement rien à part leur histoire d’amour et tout le livre est une répétition des premiers chapitres où l’on explique le comportement de Lochan en société, et tout ce qu’il fait avec sa soeur pour maintenir leur famille unie.
Pendant tout le livre les chapitres se succèdent et se ressemblent et si l’on n’a pas compris à la fin du livre que la mère est une connasse égoïste alcoolique, que le frère est un petit merdeux d’adolescent en mal de reconnaissance et que c’est très difficile et contraignant pour Lochan et Maya d’étudier et d’élever leur 3 frères et sœurs, alors c’est que l’on n’a rien compris du tout.

 

I play Twister and Hide-and-Seek with the little ones, help them with their homework, feed them, bathe them, read them goodnight stories, but all the while I have to stay upbeat for them, put on the damn mask, and sometimes I fear it will crack

Je joue à Twister et cache-cache avec les petits, je les aide à faire leurs devoirs, je les fais manger, je les baigne, leur lis des histoires avant le couché, et pendant tout ce temps je dois rester enjoué face à eux, pour eux. Je dois porter un masque, et parfois, j’ai peur qu’il craque.

 

 Il y a donc, d’après moi des longueurs et finalement beaucoup de répétitions mais qui bizarrement ne finissent jamais vraiment par nous lasser vu qu’à chaque fois que cela aurait pu arriver, leur relation avance et nous donne envie de continuer, de savoir.

Un autre bémol est la caricature des personnages, notamment celui de la mère.
Elle boit, ne pense qu’à elle et son nouveau mec, dépense son argent en boisson et en fringue, ne veut rien payer à ses 5 enfants qu’elle n’aime pas et dont les sorts lui importent peu…
Non, vraiment, c’était juste trop.

Ce qui m’amène au point le plus négatif du livre selon moi, à savoir son manque de nuance. Que ce soit au niveau de certains personnages donc, comme celui de la mère ou celui du frère de 13ans, ou encore dans l’atmosphère très pesante et très noire du livre.
En réalité, il n’y a pas un passage joyeux ou positif dans tout le livre. Enfin si. Un. Un après-midi où les 5 frères et sœurs sont réunis et où ils sont tous heureux. Voilà. C’est tout. Et le livre fait quand même 432 pages. 
Du coup, c’est quand même un livre très déprimant et très triste, à tel point que j’ai fini par me détacher des personnages et finit par lire ce livre avec une certaine distance.
Oui, je crois que j’aurais apprécié plus de nuances à ce niveau là et que mon ressenti global aurait été plus positif si le livre l’avait été davantage.
Finalement, même les scènes où ils se retrouvent et où ils s’aiment sont teintées de peur et de tristesse. A juste titre, certes, mais ils restent des ados amoureux, on aurait pu attendre un peu de joie, de légèreté et de laisser-aller de temps en temps. Mais non. 

 

And I bitterly, bitterly resent that, just because our relationship is considered wrong, al those hours of happiness we could have together are being stolen from us, and we are forced instead to sneak about, in constant fear of being caught.

Et je suis amère, je suis amère parce que notre relation est considérée comme mal et toutes ces heures joyeuses que nous pourrions partager nous sont volées et  nous sommes obligés de nous cacher en ayant constamment peur de se faire prendre 

 

Quant à la fin… et bien, je ne veux pas en parler pour ne pas spoiler mais elle ne laisse pas insensible. Du tout. 
Alors, j’adore les livres qui me font passer par énormément d’émotions, qui me font rire, sourire, pleurer et pester. 
Malheureusement, dans Forbidden, c’est surtout un sentiment de tristesse et de peine que l’on ressent et ça peut finir par être pesant même si les émotions sont très présentes et très fortes.

 

I can’t tell you. I can’t tell you, of all people. Throughout my life you were the one person I could turn to. The one person I could always count on to understand. And now that I’ve lost you, I’ve lost everything.

Je ne peux rien te dire. Je ne peux rien te dire, à toi, parmi tout le monde.
Durant toute ma vie tu as été la seule personne vers qui je pouvais me tourner. La seule personne qui me comprenait. Et maintenant que je t’ai perdu, j’ai tout perdu.

 

Malgré tout, cela reste un livre très bien écrit et très touchant et le personnage de Lochan est réellement très beau, juste et abouti.
Et si je ne recommande pas spécialement ce livre car il est tout de même très particulier, je ne peux que saluer les nombreuses réactions contradictoires qu’il nous procure.
Ceci dit, dans le genre « amour impossible » le livre « Entre chiens et loups » de Malorie Blackman me marquera bien plus. 

 

Je vous invite à lire les avis de Karine qui a beaucoup aimé et a seulement une petite réserve, de Karen et Simi qui ont adoré, de Sandy et Emilie qui ont des bémols et de Fleur qui a abandonné !  

 

Forbidden – Tabitha Suzuma 
Ebook – 432 pages