Les lectures de Cécile

6
juin

L’histoire de l’amour – Nicole Krauss

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Il est de ces livres dont vous savez, dès les premières pages, qu’ils vont vous transporter.
L’histoire de l’amour en fait partie.
 

Dans ce livre, des êtres sont morts, d’autres ont fui l’holocauste, certains ont commis des erreurs qu’ils ne pourront jamais oublier, et d’autres sont en quête de vérités… Et il y ceux, aussi, qui ne peuvent oublier l’être aimé, et perdu.

Si l’amour est omniprésent –l’amour passé, présent, perdu, imaginé, futur- ne vous fiez pas au titre mielleux du livre, on ne tombe jamais, ni dans le patos, ni dans la niaiserie.  


Dès les premières pages, le ton nous emporte. J’ai versé une larme avant même que le premier chapitre ne soit terminé. 
J’ai beaucoup souri aussi et je me suis posée beaucoup de questions. Je ne savais pas où l’auteur voulait m’emmener et je n’ai d’ailleurs même pas cherché à connaître la fin.
Bizarrement, ici, j’ai voulu savourer jusqu’au bout.
 

Trois histoires, trois récits, trois vies : 

Celle de Léo Gursky, vieil homme qui a fui la Pologne pendant la seconde guerre mondiale, pour l’Amérique. Aujourd’hui âgé, il se met à écrire et nous parle de sa vie, et de ce fils, Isaac, qu’il n’a jamais connu.
« et puis j’ai pensé : Peut-être est-ce cela que ça signifie, être père : apprendre à votre enfant à vivre sans vous. Si c’est cela, personne n’a été un meilleur père que moi ».
 

Celle d’Alma, adolescente de 15 ans qui cherche un moyen de surmonter la mort de son père. Son prénom, elle le doit à  l’héroïne d’un livre : l’histoire de l’amour.
Et si ce livre l’aidait à surmonter ce deuil ?
« il aimait cuisiner, rire et chanter, savait allumer un feu avec ses mains, réparer ce qui était cassé et expliqué comment envoyer des choses dans l’espace, mais il est mort en neuf mois ».
 

Enfin, 3ème voix, celle d’un auteur qui vit au Chili.
« elle se retourna. « je voulais que tu m’aimes », chuchota t-il. Rosa le regarda. Il lui semblait ressembler, à cet instant, à l’enfant qu’ils n’avaient jamais eu. « Et je t’ai aimé », dit-elle, en redressant un abat-jour. »

Ces histoires ont un point commun. Un livre. « l’histoire de l’amour ».

Entre ces différentes voix, entre la Pologne et les USA, en passant par le Chili et Israël, entre les différents souvenirs et espoirs, on s’interroge et on cherche le fil conducteur, celui qui nous permettra de faire le lien entre tout ça… 

Et si l’histoire risque de me hanter encore un peu, sachez que ce n’est pas parce que le livre est triste, car finalement il ne l’est pas, c’est seulement qu’un beau livre laisse des traces.
 

Un dernier extrait…
« quelqu’un qui connaissait quelqu’un m’a dit qu’on l’avait vu pour la dernière fois dans un train. J’ai perdu Sari et Hanna – attaquées par les chiens. J’ai perdu Herschel dans la pluie. J’ai perdu Joseph dans une faille du temps. J’ai perdu le bruit des rires. J’ai perdu une paire de chaussures, je les avais enlevées pour dormir et quand je me suis réveillé elles avaient disparu, j’ai marché pieds nus pendant des jours avant de m’effondrer et de voler celles de quelqu’un d’autre. J’ai perdu la seule femme que j’aie jamais aimé. J’ai perdu des années. J’ai perdu des livres. J’ai perdu la maison où je suis né. (…). Qui pourrait donc dire que, quelque part en chemin, sans que je le sache, je n’ai pas également perdu la tête ? »

importorigin:http://les-lectures-de-cecile.over-blog.com/article-l-histoire-de-l-amour-nicole-krauss-75809637.html

17
nov

Simple – Marie-Aude Murail

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Je vous mets la 4ème de couverture, car, une fois de plus elle résume bien le livre…

Simple dit  » oh, oh, vilain mot  » quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit  » j’aime personne, ici  » quand il n’aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud’hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d’âge civil. Trois d’âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s’occuper de Simple. Simple a un autre ami que son frère. C’est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie à la mort. Il va tuer Malicroix, l’institution pour débiles où le père de Simple a voulu l’enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule. Rien n’est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l’idée d’habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.

 

Nouveau coup de coeur pour ce MAM !

Sur Oh Boy! j’avais écrit : « J’ai souri, j’ai même (souvent) ri, j’ai ravalé des larmes et surtout j’ai tourné les pages, très rapidement. L’écriture est belle et fluide. Ce livre est touchant et chose rare, je me suis attachée à tous les personnages du livre » 


Et bien voilà, je crois que je peux reprendre les même mots pour décrire ce livre.


Une fois de plus, MAM arrive à nous faire ressentir une panoplie d’émotions tout en traitant d’un sujet difficile.

 

On s’attache à Simple qui n’est pas si simple que ça, à son frère Kleber qui doit concilier petites copines, frère handicapé mental et ses études, aux colocataires, tous différents, tous attachants, au voisin grognon qui râle tout le temps, et même à Monsieur Pinpin, le lapin de Simple, personnage à part entière du livre ! 


C’est incroyable… un vrai don qu’à Marie-Aude Murail: cette façon de nous transporter, cette écriture moderne, fluide et « jeune », cette faculté de nous faire rire et de nous attendrir en même temps, de nous plonger dans le quotidien de personnes dont on suit les évolutions avec enthousiasme et appréhension…


Je ne sais pas vraiment quoi vous dire d’autre (et si ! ça arrive des fois), à pars que, pour ceux qui n’ont pas encore lu ce livre, ou qui n’ont pas encore lu MAM, que vous devez y remédier rapidement !

 

NB : Lasardine, si tu passes par là : comme je te comprends maintenant ! Me voilà accroc à ses livres.  



importorigin:http://les-lectures-de-cecile.over-blog.com/article-simple-marie-aude-murail-61186486.html

8
sept

Etranger à Berlin – Paul Dowswell

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4ème de couv :

Quand ses parents meurent, en 1941, Piotr, jeune garçon polonais, est placé dans un orphelinat à Varsovie. Il est rapidement repéré : sa grande taille, ses cheveux blonds et ses yeux bleus font de lui un modèle accompli du type aryen prôné par Hitler… Un haut dignitaire nazi souhaite l’adopter : Piotr, rebaptisé Peter, est accueilli dans sa nouvelle famille à Berlin. Mais Peter sent bien que pour les autres, il reste un étranger. Tous ses efforts tendent à convaincre son entourage du contraire, quitte à faire parfois quelques compromis … C’est alors qu’il rencontre Lena… et qu’il découvre grâce à elle le vrai visage du nazisme. Il est temps pour lui de choisir son camp. Et de prendre des risques … Un roman d’aventures qui pose la délicate question de l’engagement.

 

 

Ce livre m’a touchée car il parle de ce qu’il se passait en Allemagne, et plus particulièrement à Berlin pour les allemands qui n’adhéraient pas aux convictions du nazisme.

Beaucoup d’aspects y sont décrits :

          La foi inconditionnelle qu’avaient les Allemands en leur Führer et croyant jusqu’à la fin,  dur comme fer, que l’Allemagne sortirait vainqueur de la guerre.

          La délation entre Allemands. Cf extrait.

          Les expériences faites sur les humains pour prouver la supériorité des allemands sur les autres peuples.

          Les Allemands qui aidaient les juifs et qui étaient pourchassés et tués.

 

Peter est tiraillé, partagé : il préfère son nouveau foyer à l’orphelinat.

Il veut faire partie de l’armée de l’air allemande, mais il n’aime pas faire le salut hitlérien.

Il se plait à la hitlerjungend mais n’aime pas voir les polonais mourir de faim ou les juifs se faire tabasser.

Il aime Berlin mais il veut écouter du swing, lire des auteurs polonais, pouvoir jouer un morceau d’un compositeur juif : toutes ces simples choses qui lui sont désormais interdites.

Il est blond aux yeux bleus, parle allemand sans accent, mais il reste, au fond de lui, et pour beaucoup, un polak, un étranger. 

 

 

Nous suivons ses doutes, ses peurs, ses envies, et sa découverte, petit à petit, grâce à Lena, du vrai visage du nazisme.

Quand viendra le moment de choisir, d’aider, de mentir et de risquer sa vie, que fera Peter ?

Jusqu’ou le mèneront ses choix ?

Quel prix faut il payer pour aller au bout de ses convictions ?

 

Bien écrit, sur fond historique, ce roman d’aventure m’a fait découvrir un autre aspect de cette sinistre période et apporte un angle de vue différent. 

Des passages m’ont beaucoup touchée, notamment toutes les descriptions sur les expériences raciales, la délation entre allemands, et les risques qu’encouraient ceux qui aidaient les juifs et étrangers.

Les personnages sont bien décrits et certains sont vraiment attachants, l’intrigue est bien menée, la fin est prenante, on tourne les pages à toute vitesse … Un très bon livre en somme.

 

 

Quelques extraits :

 

Exercice de classe : «La construction d’un asile psychiatrique coûte 6 millions de Reichmarks. Combien de maisons à 15000 Reichmarks aurait-on pu construire pour la même somme ? ». Page 90.

 

La délation : « C’était triste, presque malsain, de ne jamais pouvoir faire confiance aux autres. (…). La Gestapo, paraît-il, envoyait des agents provocateurs pour piéger les suspects. On disait qu’ils allaient jusqu’à raconter des plaisanteries contre Hitler pour ensuite vous dénoncer si vous aviez ri – ou, pire, vous dénoncer si vous ne les aviez pas dénoncés ». Page 112.

 

Expériences raciales : « C’est le projet d’études de la Frau Doktor Magnussen (…). Son but est de découvrir s’il existe un lien entre le type racial et la forme de l’iris. On lui envoie des globes oculaires en provenance des camps.  (…). J’imagine qu’elle reçoit aussi des yeux de juifs, de slaves et de Russes… et aussi d’Allemands tombés dans la griffe de la gestapo…».

 

 

L’avis de Pimprenelle et de Clarabel

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