Les lectures de Cécile

12
sept

Mme Coquenard poussa de nouveaux soupirs. Molière n’avait pas encore écrit sa scène de l’Avare. Mme Coquenard a donc le pas sur Harpagon.

les mousquetaires

Après mon coup de cœur pour « le comte de Monte-Cristo », il fallait que je continue la découverte de l’œuvre de Dumas.
Avec Fée et Mlle Pointillés, nous nous sommes mises d’accord pour lire les 3 mousquetaires.

Verdict ?

Si je n’ai pas eu le coup de cœur attendu, je ne regrette pas pour autant cette lecture car j’ai passé un très bon moment en compagnie d’Athos (mon chouchou), Porthos, Aramis et D’Artagnan.

Pour être tout à fait franche, j’ai trouvé le début compliqué et surtout lent à se mettre en place, mais une fois la première intrigue posée avec les ferrets de la reine, et tous les personnages présentés, j’ai très vite oublié ce passage un peu difficile.

Pardieu ! s’écria d’Artagnan, ce sera une chose doublement divertissante que de sauver la reine avec l’argent de son Eminence !

J’avais adoré le style de Dumas lorsque j’ai lu le Comte, et j’ai retrouvé ici tout ce qui m’avait plu alors.
Drôle, piquant, précis, rythmé, léger mais aussi très actuel. Il y bien de temps en temps, quelques tournures et expressions un peu désuètes mais qui donnent finalement du charme au récit.

Mais tout cela n’avait influé en rien sur le sentiment produit par la vue de Mme Bonacieux, et l’intérêt était resté à peu près étranger à ce commencement d’amour qui en avait été la suite. Nous disons : à peu près, car l’idée qu’une jeune femme, belle, gracieuse, spirituelle, est riche en même temps, n’ôte rien à ce commencement d’amour, et tout au contraire le corrobore.

J’aime également beaucoup quand l’auteur prend le lecteur a parti : un exercice qui n’est pourtant pas facile mais dans lequel Dumas excelle. J’ai souri à chaque fois.

Outre le style, cet auteur a un véritable don pour les intrigues.
Amitié, trahisons, amour, complots, rebondissements, enlèvements, rendez-vous galants et rendez-vous manqués…

Puis, jetant un dernier coup d’œil sur le beau jeune homme, qui avait vingt-cinq ans à peine et qu’il laissait là, gisant, privé de sentiment et peut-être mort, il poussa un soupir sur cette étrange destinée qui porte les hommes à se détruire les uns les autres pour les intérêts de gens qui leur sont étrangers et qui souvent ne savent même pas qu’ils existent.

Et puis les personnages… Qu’ils soient principaux ou secondaires, ils sont tous différents les uns des autres, ont tous un rôle important à jouer dans l’intrigue et ont tous presque autant de défauts que de qualités. Finalement, qu’on ait tendance à les aimer ou à les détester, notre ressenti final ne peut jamais être vraiment tranché.

Mme Coquenard poussa de nouveaux soupirs. Molière n’avait pas encore écrit sa scène de l’Avare. Mme Coquenard a donc le pas sur Harpagon.

J’ai aimé découvrir d’Artagnan, ce jeune gascon à la fois fier, rusé et orgueilleux (j’adore sa relation avec l’inconnu du Munge) …

… Le sage Athos dont la parole est d’or et dont le passé m’a le plus touchée…
Ses paroles étaient brèves et expressives, disant toujours ce qu’elles voulaient dire, rien de plus : pas d’enjolivements, pas de broderies, pas d’arabesques. Sa conversation était un fait sans aucun épisode.

… Le mystérieux Aramis qui m’a attendrit avec ses envies contradictoires et qui m’a bien fait rire à certains moments avec ses changements d’humeur…
– Voici mon histoire ; d’ailleurs les Ecritures disent « Confessez vous les uns aux autres », et je me confesse à vous, d’Artagnan.
– Et moi, je vous donne l’absolution d’avance, vous voyez que je suis bon homme.
– Ne plaisantez pas avec les choses saintes, mon ami.
– Alors, dites, je vous écoute.

… Porthos tout en exubérance et bonhommie, si clinquant et si joviale…
Non seulement il parlait beaucoup, mais il parlait haut ; peu lui importait au reste, il faut lui rendre cette justice, qu’on l0écoutât ou non ; il parlait pour le plaisir de parler et pour le plaisir de s’entendre.

… Milady enfin, séductrice, manipulatrice et garce aussi. Milady qui est l’exemple type du genre de femme qu’on adore détester.
Pas de violence, la violence est une preuve de faiblesse. D’abord je n’ai jamais réussi par ce moyen : peut-être, si j’usais de ma force contre des femmes, aurais-je chance de les trouver plus faibles encore que moi, et par conséquent de les vaincre ; mais c’est contre des hommes que je lutte, et je ne suis qu’une femme pour eux. Luttons en femme, ma force est dans ma faiblesse.

Oui, tous les personnages créés par Dumas sont toujours pleins de contradictions, et c’est ce qui rend si complexe nos sentiments à leurs égards.
Le cardinal de Richelieu est sournois, cruel et vicieux mais il apparaît aussi juste envers nos mousquetaires….
Il raconta la puissance et les actes de M. le cardinal, ce ministre incomparable, ce vainqueur des ministres passés, cet exemple des ministres à venir : actes et puissance que nul ne contrecarrait impunément.

….d’Artagnan semble la plupart du temps rusé sauf quand il laisse son cœur parler…
– Point du tout ! j’ai acquis la certitude que cette femme était pour quelque chose dans l’enlèvement de Mme Bonacieux.
– Oui, et je comprends ; pour retrouver une femme, vous faites la cour à un autre : c’est le chemin le plus long, mais le plus amusant.

… Aramis et son désir profond d’entrer dans les ordres tout en étant amoureux…
– Mais moi je n’ai pas de cheval, dit d’Artagnan ; mais je vais en faire prendre un chez M. de Treville.
– C’est inutile, dit Aramis, vous prendrez un des miens.
– Combien en avez-vous donc ? demanda d’Artagnan.
– Trois, répondit en souriant Aramis.
– Mon cher ! dit Athos, vous êtes certainement le poète le mieux monté de France et de Navarre.

… le roi,  Louis XIII, qui malgré son statut apparaît comme le pantin du Cardinal et enfin Milady qui malgré ses manipulations arrive à  nous séduire et à susciter notre admiration.
– Alors elle vous regarde comme une étrangère ?
Milady sourit.
« je suis sa meilleure amie !
– sur mon honneur, dit Rochefort, il n’y a que vous, ma chère comtesse, pour faire des miracles-là.

Une intrigue pleine de rebondissement, de l’amitié et de la loyauté, de l’amour, des trahisons, des morts, des lettres, des maitresses, de la chance et de la bravoure, un style remarquable, de l’ironie et des sarcasmes, de la passion… Ce livre, c’est tout ça et bien plus encore.
Un très agréable moment que je ne regrette pas.

– Soit, dit d’Artagnan, couchons-nous. Dors bien Planchet !
– Ma foi, monsieur ! ce sera la première fois depuis seize jours.
– Et moi aussi ! dit d’Artagnan.
– Et moi aussi ! répéta Porthos.
– Et moi aussi ! répéta Aramis.
– Eh bien, voulez-vous que je vous avoue la vérité ? et moi aussi ! dit Athos.

L’avis de Mlle P (quand elle le finira. Un jour donc)(mais notez que j’y crois) et celui de Fée.

Les Trois Mousquetaires – Alexandre Dumas
Editions Pocket – 904 pages

 

 

10
jan

je suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésirables.

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Je n’ai jamais été très « nouvelle ».
A peine commence t-on à s’attacher aux personnages que déjà, on doit les quitter.
Mais ça, c’était avant de lire celles de Zweig, puis celle-ci.

 

Stuttgart, 1932.
Hans, fils d’un médecin juif, est un garçon indépendant, qui n’a pas vraiment d’amis à l’école.
Quand Conrad, jeune aristocrate arrive un jour en classe, Hans décide qu’il sera son ami malgré leur différence de classe sociale.

Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami mais je ne doutais pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie qui  et eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus.

 

Sans trop y croire, Hans rêve donc de cet idéal d’amitié sans ce douter que ce rêve est partagé par Conrad.

Quand je l’eus presque rattrapé, il se retourna et me sourit. Puis d’une geste étrangement gauche et encore indécis, il serra ma main tremblante. « c’est toi, Hans ! » dit-il, et tout d’à coup, je me rendis compte, à ma joie, à mon soulagement et à ma stupéfaction, qu’il était aussi timide que moi et, autant que moi, avait besoin d’un ami.

 

Hans est juif mais ne croit pas spécialement en un Dieu particulier.
Une chose est sûre, ce n’est pas sa religion qui le définit. Il est allemand avant tout. Pas juif.

Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif  n’avait fondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant tout chose, puis Allemands, et puis Juifs.  Quel autre sentiment pouvait être le mien, ou celui de mon père, ou celui du grand-père de mon père.

 

Sauf que voilà, si Hans amène toujours Conrad chez lui, la réciproque n’est pas vraie. Et les peu de fois où cela arrive, les parents de Conrad ne sont jamais là. On se doute de quelque chose, bien sûr, et Hans aussi mais ce n’est qu’un peu plus tard que l’on en comprend vraiment la raison lors d’un passage très touchant…

Mais quand je les vis enfin, j’eus envie de m’enfuir. Ne vaudrait-il pas mieux écarter la pointe de la dague qui, je le savais par l’atavique intuition d’une enfant juif, me serait, sans quelques minutes, plongée dans le cœur ? Pourquoi ne pas éviter la souffrance ? Pourquoi risquer de perdre un ami ? Pourquoi demander des preuves au lieu de laisser s’endormir le soupçon ?

Et puis, il y a la montée du nazisme et les parents d’Hans décident de l’envoyer aux USA…
Mais je ne vois pas pourquoi tu ne reviendrais pas plus tard. L’Allemagne a besoin de gens comme toi et je suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésirables.

 

Ce qui se passe après, je me garderai bien de vous le raconter mais sachez que le titre de ce texte prend tout son sens dans la dernière phrase. (que je n’avais pas lue avant !)


Après avoir voulu souligner la moitié de la nouvelle, c’est avec le cœur serré que je l’ai terminée. J’ai adoré ce livre. Il est touchant et prenant, contient des références littéraires à toutes les pages et une chute incroyable qui ne nous laisse pas indifférents.

Ce livre est un bijou. A lire absolument.

 

 

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L’ami retrouvé – Fred Uhlman
Editions Folio – 128 pages

 

 

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27
oct

Souvent, m’éveillant le front en sueur, je m’apercevais que j’avais continué à jouer en dormant.

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Je ressors encore une fois sous le charme de l’écriture de Stephan Zweig. Quelle plume ! Quel style ! Il a le don de nous embarquer dans ses histoires, de faire ressentir les émotions des personnages, de nous toucher.

 

Lors d’une traversée en bateau de NY à Buenos Aires le narrateur a l’occasion de jouer, avec d’autres personnes, contre le champion mondial d’échec, Mr Czentovic, un homme inculte, pédant et très sur de lui.

Assurément je connaissais par expérience le mystérieux attrait de ce « jeu royal », le seul entre tous les jeux inventés par les hommes, qui échappe souverainement à la tyrannie du hasard, le seul où l’on ne doive sa victoire qu’à son intelligence ou plutôt à une certaine forme d’intelligence.


Durant cette partie, une autre personne fait son entrée et va conseiller nos amateurs, les sauvant ainsi d’une défaite cuisante.
Tous se demande alors, notre champion du monde inclus, qui est ce nouveau venu, Monsieur B, qui assure n’avoir pas joué depuis 20 ans ?

On apprend très vite qu’il était prisonnier pendant l’occupation Nazi, et qu’au lieu d’être envoyé aux camps, il a été enfermé et isolé dans une pièce blanche avec pour seul ornement, un lit. Seul pendant des mois, sans personne à qui parler, sans rien à faire, ne pouvant s’empêcher de se remémorer les interrogatoires auxquels il est fréquemment soumis.

Le lien avec les échecs, je vous laisse le découvrir. Sachez juste que ce personnage complexe est très bien décrit, on suit son parcours et la naissance de la folie, inévitable. 

La joie que j’avais à jouer était devenue un désir violent, le désir une contrainte, une manie, une fureur frénétique qui envahissant mes jours et mes nuits. Je ne pensais plus qu’échecs, problèmes d’échecs, déplacement de pièces.
Souvent, m’éveillant le front en sueur, je m’apercevais que j’avais continué à jouer en dormant.

Pendant tout le livre la tension monte crescendo jusqu’à atteindre son paroxysme vers la fin, lors d’un face à face fascinant, qui m’a limite angoissée. La différence entre le Mr B qui compte son histoire et le Mr B qui joue face au champion est saisissante pour ne pas dire flippante. 

« Encore une partie ? demanda-t-il.
– Mais certainement ». répondit M. B…, avec un enthousiasme qui me fit une fâcheuse impression…

 

Ce récit m’a envoûtée depuis la première jusqu’à la dernière page tant il est intense, prenant et angoissant.
Je ne peux que le recommander.

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig
Editions Le livre de poche – 95 pages

Classique final 3 4 (et on ne se moque pas !)
 

 

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