Les lectures de Cécile

16
oct

J’ai perdu mon amour-propre il y a longtemps. Il me semble que c’était pendant une séance d’électrochoc.

lecaseduard

Il est de ces livres qui vous passionnent et vous embarquent dès la première page.
Des livres que vous ne pouvez pas lâcher, qui vous instruisent tout en vous passionnants, qui vous font ouvrir des dizaines de pages Wikipédia sur divers sujets, et qui vous touchent.
Le cas Eduard Einstein en fait partie.

En ouvrant ce livre, on entre dans la vie de la famille Einstein.
Récit à 3 voix, on suit tour à tour l’histoire d’Albert Einstein qui n’est plus à présenter, de Mileva, sa première femme et de leur fils Eduard, atteint de schizophrénie à l’âge de 20 ans.

Tout en retraçant les grands évènements mondiaux entre 1930 et 1960 environ, nous suivons l’histoire de ces 3 personnes, liées par le sang mais dont les destins se révèlent très éloignés.

Albert Einstein, d’abord, savant, prix Nobel, juif forcé de fuir l’Allemagne Nazi pour les Etats-Unis où il ne sera pas mieux accueilli.
Albert quittera l’Europe ruiné. Pour lui est venu le temps de l’exil. Depuis qu’Hitler a pris le pouvoir, il est l’ennemi juré du régime.

Nous suivons son parcours, ses combats, sa vie publique et politique.
Puis nous découvrons cette autre facette de lui, celle de la peur, du regret, de la peine. Cette facette d’un père qui n’en est pas vraiment un.

Puis la voix de Mileva, cette femme forte et intelligente, dévouée à son fils.
Cette femme qui n’a aimé qu’une fois et qui voit son destin lié exclusivement à celui d’un fils schizophrène, qu’elle doit placer – trop tôt – à l’asile.
Elle aurait préféré prendre la place d’Eduard. Elle, la prisonnière, et lui, un homme libre. Lui dévalant la route et elle qu’on enferme. Il courrait à en perdre haleine. Tout en bas de la rue, il ne songerait déjà plus au mal qui a frappé sa mère. Il apercevrait le lac au loin, aurait envie de flâner sur la rive. Il songerait à sa mère, serait triste un instant. Une fille lui sourirait, il oublierait sa peine. Il rencontrerait un ami qui lui proposerait de faire un tour sur son voilier. Il partirait naviguer. Il s’étourdirait sous le vent.
Le sort en a décidé autrement. Il faut que ce soit elle à l’air libre, et Eduard qu’on enferme.

Enfin, celle d’Eduard. L’enfant d’Einstein.
Eduard, enfant intelligent, qui en veut à son père, dont on suit les allers et venues entre le Burghölzli, un asile psychiatrique de Zurich, et Vienne, en passant par des séjours chez sa mère et en famille d’accueil.
Aviez-vous déjà entendu parler de moi avant que je débarque ici ? Non. Je n’existais pas. Qu’ai-je fait pour ne pas exister ? Rien. Je n’ai rien pu faire. Il n’y a pas de place dans ce monde pour un autre Einstein. Je pâtis d’un trouble du culte de la personnalité.

Eduard dont on entend les voix qui le rongent, dont on voit les hallucinations qui le dévorent, dont on suit l’évolution et le chemin vers la folie où n’existe plus de sentiments.
Un jour, mon père travaillera sur mon cas. A quoi bon une telle intelligence si elle n’est pas mise au service de l’homme ? Celui qui a découvert les grands principes de l’univers ne peut-il travailler sur mon hémisphère droit ?

On suit leurs évolutions respectives.

Celles d’un homme qui ose braver de nombreux interdits et qui paraît sans failles, si ce n’est celle qui lui est personnelle, à savoir construire un lien avec son fils.
Il est question de courage. Il a eu tous les courages. Braver la Gestapo, soutenir, un des premiers, la cause des Noirs, aider à la création de l’Etat juif, braver le FBI, ne pas baisser l’échine, ne jamais renoncer, écrire à Roosevelt pour construire la bombe contre l’Allemagne et écrire à Roosevelt pour arrêter la bombe destinée au Japon. Soutenir les juifs opprimés par le Reich. Pétitionner. Etre en première ligne. Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites.

Celles d’une femme qui n’est plus. Qui devient mère avant tout.
Autour d’elle, les êtres ont fui. Ses enfants l’ont quittée. Hans-Albert, parti en Amérique. Eduard perdu dans son monde. Lieserl, dans l’au-delà.

Celles d’un fils qui subit des électrochocs, qui se cherche, qui essaye de comprendre.
Voyez plutôt avec mon frère. Je ne vous en voudrai pas. J’ai perdu mon amour-propre il y a longtemps. Il me semble que c’était pendant une séance d’électrochoc.

Et à travers ces 3 voix, ces 3 évolutions, beaucoup de sentiments nous assaillent… Peine, amertume, regrets, espoirs…

Un style magnifique, un récit extrêmement bien documenté, un livre qui nous transporte, qui nous parle de la politique d’immigration des USA durant la seconde guerre mondiale, qui nous révèlent le destin d’un homme connu et reconnu mais dont nous ne connaissons que peu la vie personnelle, et celui, surtout, d’une famille dont le destin tragique nous transporte.
Une histoire qui met certaines vérités en lumière, et qui ne peut que nous toucher.

Et j’ajouterai à titre personnel que la Suisse est un pays qui s’honore de traiter ses malades mentaux mieux qu’aucun autre. Allez, cher professeur, je serai ravi de signer l’acte de naturalisation de Hans-Albert Einstein et de le recevoir dans notre beau et grand pays. Tous les Einstein sont les bienvenus chez nous. Du moins, ceux qui ont la tête bien faite.

Un livre passionnant, un coup de coeur que je ne peux que recommander chaudement et qui me donne envie de découvrir « les derniers jours de Stefan Zweig » du même auteur.

 
Le cas Eduard Einstein – Laurent Seksik
Editions Flammarion – 304 pages

1pourcent1/6

14
mai

Je fais ce que je veux, monsieur Beauchamp, et, croyez-moi, c’est toujours fort bien fait.

 

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Oh mon dieu, comment vous parler de ce livre ?

D’ailleurs, le dois-je vraiment ? Ne sommes-nous pas, avec mes copines de lecture, les dernières personnes au monde (oui l’extrapole est mon amie), à ne pas avoir lu « le comte de Monte-Cristo » ?
Si la réponse est non : un seul mot (ou plutôt deux)(car, comme Edmond Dantes, je tiens à être précise) : lisez-le.

 

Ce livre n’est pas un simple coup de cœur. C’est une révélation.

Oui, je vois d’ici vos craintes (que je comprends vu qu’elles étaient miennes aussi): 1500 pages, tout de même, et rien de moins que 117 chapitres. Il y a de quoi effrayer.

 

Et pourtant…
Pourtant, j’ai dévoré ce livre.

Le style est sublime et jamais alourdi par de trop grandes descriptions.

 

Ce livre,

C’est la jeunesse et l’insouciance; le bonheur à portée de main suivi de trop près par la jalousie, l’espérance et l’injustice.

Mais, cette fois, c’était bien autre chose : cette peine de la prison perpétuelle, il venait de l’appliquer à un innocent, un innocent qui allait être heureux, et dont il détruisait non seulement la liberté, mais le bonheur : cette fois, il n’était plus juge, il était bourreau.

 

Ce livre, ce sont des doutes, des peurs, l’incompréhension, le désespoir et la résignation. 

Alors sa poitrine sembla se déchirer dans un long sanglot. Les larmes qui gonflaient sa poitrine jaillirent comme deux ruisseaux, il se précipita le front contre terre et pria longtemps, repassant sans son esprit toute sa vie passée, et se demandant à lui-même quel crime il avait commis dans cette vie, si jeune encore, qui méritât une si cruelle punition.

 

Mais c’est aussi l’espoir qui pointe quand on s’y attend le moins.

Faria s’appesantissait tous les jours sur la quantité de ce trésor, expliquant à Dantès tout ce qu’avec treize ou quatorze millions de fortune un homme dans nos temps modernes pouvait faire de bien à ses amis ; et alors le visage de Dantès se rembrunissait, car le serment de vengeance qu’il avait fait se représentait à sa pensée, et il songeait, lui, combien dans nos temps modernes aussi un homme avec treize ou quatorze millions de fortune pouvait faire de mal à ses ennemis.

 

C’est la patience et l’attente…

Et enfin, la vengeance.

Je suis fâché de vous avoir aidé dans vos recherches et de vous avoir dit ce que je vous ai dit, fit-il.
– Pourquoi cela ? demanda Dantès.
– Parce que je vous ai infiltré dans le cœur un sentiment qui n’y était point : la vengeance.
Dantès sourit.

 

 

Oh, comment vous expliquer tout ce que j’ai aimé dans ce livre ?
Comment décrire à travers un malheureux billet toutes les émotions que j’ai ressenties ?

 

J’ai été touché par la bonté d’Edmond Dantes, ce jeune marin à qui la vie sourit.

Et maintenant, dit l’homme inconnu, adieu bonté, humanité, reconnaissance… Adieu à tous les sentiments qui épanouissent le cœur ! Je me suis substitué à la Providence pour récompenser les bons… que le Dieu vengeur me cède sa place pour punir les méchants ! 

 

J’ai vu avec horreur le plan de ses ennemis se dessiner et son destin se décider.

J’ai souffert avec lui lors de sa détention, aimé l’Abbé Fariah comme s’il était mon propre sauveur, hurlé de joie lors de son escapade…

J’ai souri devant son ingéniosité, admiré les ficelles qu’il tirait, été admirative en comprenant, au compte goutte, tous les liens que je n’aurais pu imaginer et frémi devant l’homme si sur de lui et si impartiale qu’est devenu notre jeune marin.

Mes ordres sont d’ordinaire courts, mais clairs et précis ; j’aime mieux les répéter à deux fois et même à trois, que de les voir mal interprétés. Je suis assez riche pour savoir tout ce que je veux savoir, et je suis fort curieux, je vous en préviens. Si j’apprenais donc que vous ayez parlé de moi en bien ou en mal, commenté mes actions, surveillé ma conduite, vous sortiriez de chez moi à l’instant même. Je n’avertis jamais mes domestiques qu’une seule fois ; vous voilà averti, allez !

 

J’ai été émue, je me suis posée mille questions, je suis allée de révélations en révélations, de rebondissements en rebondissements et chaque fois que je pensais que Dumas avait atteint le summum de l’ingéniosité, j’étais à nouveau surprise, choquée et j’ai ri de moi-même de n’avoir rien vu venir (moi, qui lis les spoilers ! Un comble).

Monsieur Beauchamp, interrompit l’homme étrange, ce qui commande à M. le comte de Monte-Cristo, c’est M. le comte de Monte-Cristo. Ainsi donc, pas un mot de cela, s’il vous plait. Je fais ce que je veux, monsieur Beauchamp, et, croyez-moi, c’est toujours fort bien fait.

 

J’ai haï Danglars, Caderousse, Vilefort et Morcef.

Mais vous venez de dire, je crois, que je n’avais rien à faire. Voyons, par hasard, croyez-vous avoir quelque chose à faire, vous, monsieur ? ou, pour parler plus clairement, croyez-vous que ce que vous faites vaille la peine de s’appeler quelque chose ? » L’étonnement de Villefort redoubla à ce second coup si rudement porté par cet étrange adversaire ; il y avait longtemps que le magistrat ne s’était entendu dire un paradoxe de cette force, ou plutôt, pour parler plus exactement, c’était la première fois qu’il l’entendait.

 

J’ai adoré Mr Mourtier et Morel père et fils.

J’ai ri devant le panache de Mme Douglars.

Je me suis interrogée sur les motivations de Mme Vilefort, sur Haydée, et sur la comtesse G.

J’ai été admirative de l’imagination de l’auteur.

J’ai compris, soutenu, craint et aimé le comte de Monte-Cristo.
Je n’ai que deux adversaires ; je ne dirai pas deux vainqueurs, car avec la persistance je les soumets : c’est la distance et le temps. Le troisième, et le plus terrible, c’est ma condition d’homme mortel. Celle-là seule peut m’arrêter dans le chemin où je marche, et avant que j’aie atteint le but auquel je tends : tout le reste, je l’ai calculé. Ce que les hommes appellent les chances du sort, c’est-à-dire la ruine, le changement, les éventualités, je les ai toutes prévues ; et si quelques-unes peuvent m’atteindre, aucune ne peut me renverser. A moins que je ne meure, je serais toujours ce que je suis ; voilà pourquoi je vous dis des choses que vous n’avez jamais entendues, même de la bouche des rois, car les rois ont besoin de vous et les autres hommes en ont peur.

 

Oui, j’ai aimé ce livre et encore, ce mot est faible. Chaque chapitre m’a apporté son lot d’émotions et j’en ai aimé chacun d’eux.

Il n’y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d’un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l’extrême infortune est apte à ressentir l’extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir, Maximilien, pour savoir combien il est bon de vivre.

 

J’ai vécu ces 1500 pages comme un rêve dont je sais qu’il me marquera longtemps.

De bon, de confiant, d’oublieux que j’étais, je me suis fait vindicatif, dissimulé, méchant, ou plutôt impassible comme la sourde et aveugle fatalité. Alors je me suis lancé dans la voie qui m’était ouverte, j’ai franchi l’espace, j’ai touché au but : malheur à ceux que j’ai rencontrés sur mon chemin !

 

Et maintenant, je m’interroge. Quel livre pourra surpasser celui-là ?
Quel livre saura allier une écriture aussi belle et fluide avec une intrigue si riche et si prenante ? Quel livre pourra me transporter si loin, me faire détester tant de personnes et en aimer tant d’autres ? Et quel livre pourra me donner tout ça, avec, en outre, une panoplie riche d’émotions ? Bref, comment trouver un livre aussi complet et aussi bien ficelé, maintenant ?

Me voilà bien orpheline, mes amies, en refermant ce livre, mais que voulez-vous, je ne regrette pas ce sentiment, ça aurait par trop dommage de passer à côté de ce bijou.

 

 

 

 

Le Comte de Monte-Cristo – Alexandre Dumas
Editions Folio Classique – 1454 pages

 

importorigin:http://les-lectures-de-cecile.over-blog.com/article-je-fais-ce-que-je-veux-monsieur-beauchamp-et-croyez-moi-c-est-toujours-fort-bien-fait-117756892.html

6
mar

– Non, Lina. N’aie pas peur. Tu ne dois rien leur donner, même pas ta peur.

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En 1939, l’Union Soviétique envahit les trois Etats baltes : la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Peu de temps après, le Kremlin établit une liste de personnes jugées antisoviétiques et condamnées à être assassinées, envoyées en prison ou déportées en Sibérie pour y être réduites en rang d’esclaves. Les médecins et les avocats, les professeurs et les écrivains, les musiciens, les artistes et même les bibliothécaires, les soldats de carrière et les hommes d’affaires étaient tous considérées d’office comme antisoviétiques et furent ajoutés à la liste toujours plus longue des victimes d’un projet d’extermination massive. Les premières déportatiions auront lieu le 14 Juin 1941.
– Extrait de la Note de l’auteur –


Mon dieu, comment vous parler de ce livre ?
Je savais qu’il était triste. C’est bien pour ça que j’ai repoussé sa lecture pendant deux ans. Chaque fois que je le voyais dans ma bibliothèque je le prenais et le reposais.

Finalement je ne sais pas ce qui m’a décidé à l’ouvrir mais je ne le regrette pas.
Je ne suis pas sûre qu’on soit prêt un jour à lire ce genre de livres et de témoignages en réalité.
Même la personne la plus heureuse du monde ne pourrait pas ne pas être touchée et bouleversée par ce livre.

 

Cette lecture a été éprouvante. Intense. Mais tellement belle.
L’histoire de Lina et sa famille déportée de Lituanie vers des camps de travail en Sibérie est terrible, touchante, juste et si réaliste.
Et elle nous renvoie en plein visage tant de choses.
La cruauté des hommes, la chance qu’on a de manger, de boire, de nous laver, d’être en vie. 

Je voyais défiler en esprit des assiettes avec des restes de nourriture emportées à la cuisine avant d’être soigneusement raclées ; je voyais ces restes jetés à la poubelle. J’entendais Jonas – qu’on avait prié de finir son assiette – protester d’une petite voix : « Mais, Mère, je n’ai pas faim. ». Pas faim. Quand avions-nous pu jamais éprouver pareille sensation ?

Je n’ai cessé de m’interroger tout au long de ma lecture ou quand mon esprit n’était pas occupé à autre chose.
J’ai tourné dans mon lit pendant longtemps avant de m’endormir, essayant de changer le cours de mes idées mais en ne cessant de m’interroger…

Aurais-je eu envie de me battre ?

Je fermai la porte des toilettes et entrevis mon visage dans la glace. Je n’avais pas la moindre idée de la vitesse à laquelle il allait changer, se faner. Si je l’avais seulement pressenti, j’aurais fixé avec attention mon image, j’aurais essayé de la mémoriser. C’était la dernière fois que je pouvais me regarder dans un véritable miroir; je n’en aurais plus jamais l’occasion avant une décennie, et même plus.


Comment des personnes ont-elles pu vivre plus de 10 ans dans des conditions pareilles ?

Dix ans ! Se rend-on même compte du temps que ça signifie ? J’en ai froid dans le dos.
Et les conditions de vie. Mon dieu les conditions de vie de ces déportés.
Ses trains, ses camps, la saleté, les poux, la maladie, le froid et la faim…


Je crois que je me serais suicidée.

Je ne trouve pas mes mots pour vous parler de ce livre et de tout ce à quoi il m’a fait songer.

– Comment peuvent-ils décider que nous sommes des animaux ? Ils ne nous connaissent même pas.
– Nous nous connaissons, répondit Mère. Ils se trompent. Ne leur permets jamais, Lina, de te convaincre du contraire. Comprends-tu ?

Il m’a chamboulée comme peu de livres avant, et pourtant, j’ai lu beaucoup de livres sur la seconde guerre mondiale.
Mais là, il y a autre chose. Tant d’autres choses.

Le contexte, pour commencer, à la fois différent et pourtant si semblable.
Je crois que c’est le premier livre que je lis sur ce qu’à fait subir Staline à des millions de personnes, à ces supposés « opposants »  et aux intellectuels de ces pays de l’Est qui ne savaient même pas pourquoi ils étaient déportés.

L’écriture ensuite. Si simple, si belle, si percutante et si touchante. 

– Andrius, commençai-je soudain, j’ai… j’ai peur !
Il s’arrêta net et se tourna vers moi.
– Non, Lina. N’aie pas peur. Tu ne dois rien leur donner, même pas ta peur.

Et bien sûr, la voix de Lina, ses dessins, ses espoirs, sa haine, les brides de souvenirs de son passé que l’on retrouve en italique dans le texte et son talent. Sa mère, si juste et si intelligente, Jonas, son petit frère si généreux, le Chauve qui incarne le défaitisme, l’homme à la montre, si sage, et bien sûr Andrius, source d’espoir.

Qu’aurais-je fait ?

Alors oui, vous allez peut-être un peu pleurer et vous aurez, c’est une certitude, la gorge nouée tout au long de votre lecture, mais quelle claque ! Quel témoignage ! Quel leçon !

– Elena, pouvez-vous me passer le talc, s’il vous plaît ? dit Mme Rimas tout en s’essuyant le derrière avec une feuille d’arbre.
Le spectacle que nous offrions ainsi était si ridicule que nous éclatâmes de rire. On riait vraiment. Mère riait même si fort que ses boucles s’échappèrent du mouchoir qu’elle avait noué autour de ses cheveux.
– Notre sens de l’humour, déclara Mère dont les yeux étaient mouillés de larmes. Ils ne peuvent pas nous le prendre, n’est-ce pas ?

Ce livre devrait être obligatoire au collège ou au lycée.
Pour ne pas oublier. Pour apprendre à relativiser aussi.
Parce que c’est un livre coup de poing qui me marquera longtemps.
Parce qu’il est beau. Et juste. Et tellement prenant. Et qu’il nous envahit d’émotions.
Parce qu’on se souvient, qu’on apprend, qu’on pleure, qu’on maudit, qu’on a peur, qu’on espère, qu’on condamne.
Parce que je suis sûre que peu de personnes connaissent vraiment cette période de l’histoire, ce qu’on fait les Soviétiques ou les conditions de vie dans ces camps de travail.
Parce que c’est arrivé il y a 70 ans seulement.
Et parce qu’on doit savoir et se rappeler, tout simplement.

Etait-il plus difficle de mourir ou de survivre ? J’avais à peine seize ans, j’étais perdue aux confins de la Sibérie, mais je connaissais la réponse. C’était même la seule chose dont je n’avais jamais douté. Je voulais vivre. Je voulais voir mon frère grandir. Je voulais revoir la Lituanie. Je voulais respirer l’odeur du muguet que la brise transportait jusque sous ma fenêtre. Je voulais peindre dehors, dans les près. (…). Il n’y avait que deux issues possibles en Sibérie : ou bien survivre, c’est-à-dire réussir, ou bien mourir, autrement dit échouer. J’avais choisi la vie. J’avais choisi de survivre.

Comment peut-on faire ça à un autre être humain ? Et pourquoi ? 

En 1991, après cinquante ans d’occupation, les trois pays Baltes ont retrouvé leur indépendance et, avec elle, la paix et la dignité. Ils ont préféré l’espoir à la haine et montré au monde qu’une lumière veille toujours au fond de la nuit la plus noire. S’il vous plaît, réfléchissez à cela. Parlez-en autour de vous. Ces trois minuscules nations ont appris au monde qu’il nest pas de plus puissante arme que l’amour. Quelle que soit la nature de cet amour – qui peut aller jusqu’à pardonner à ses ennemis -, il nous révèle la force miraculeuse de l’esprit humain.
– Extrait de la Note de l’auteur –

Je vous invite à lire l’avis de Bladelor qui l’a lu en même temps que moi et qui a été autant touchée.
Et voilà ce qu’en dit Alya qui trouve toujours les mots justes pour parler des livres : »Une très, très belle histoire, terrible et poignante, et qui prend aux tripes. C’est une véritable leçon de vie que nous offre l’héroïne, combative et obstinée de bout en bout. Je l’avoue, j’ai parfois versé ma petite larme. Mais c’est finalement dans les pires moments que transparaît tout ce qu’il y a de plus beau dans l’être humain. Car oui, comme le suggère la couverture, il y a toujours une étincelle d’espoir »

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