Les lectures de Cécile

29
avr

Sweet Sixteen – Annelise Heurtier

sweet-sixteen

Basé sur des faits réels, Sweet Sixteen raconte l’histoire de 9 étudiants noirs qui vont intégrer un lycée « blanc » en 1957, dans le sud des USA, où la ségrégation raciale sévit.

L’histoire retrace l’année scolaire de ces étudiants âgés entre 12 et 16 ans et est racontée de deux points de vue différents :

– Celui de Molly, une des 9 qui raconte  ses doutes et ses peurs, depuis le moment où elle se porte volontaire pour faire partie des étudiants qui allaient changer l’Histoire, jusqu’à la fin de l’année scolaire, en passant entre autre par le jour de la rentrée et le jour de ses sweet sixteen, ses 16 ans tant attendus…

– Celui de Grace aussi, jeune fille blanche de bonne famille qui se préoccupe davantage de ses tenues et du garçon de ses rêves que de ce qui se passe dans son lycée.

Si certaines des copines ont trouvé que c’était trop caricatural (blancs = méchants, noirs = gentils) j’ai trouvé au contraire qu’il y avait beaucoup de nuances.

D’une part par l’évolution de Grace qui, au vu de son éducation, met certes du temps à comprendre pourquoi la cruauté de ses pairs la dérange mais qui finit donc par évoluer, et d’autre part en montrant également que la communauté noire était loin d’approuver le choix de Molly et que ses amis d’enfance pouvaient se montrer tout aussi cruels envers elle à cause de son choix que les blancs de son lycée.
A contrario, l’auteur n’omet pas de nous raconter des anecdotes mettant en scène des blancs favorables à la mixité, comme ce couple blanc venu aider une des étudiantes à monter dans un bus, le jour de la rentrée, alors qu’elle allait se faire attaquer…

little rock 9

L’autre grand sujet de controverse au sein de notre petit groupe de lectrices était celui du vocabulaire que certaines trouvaient inadapté et historiquement faux.
Elles parlaient plus spécifiquement de la manière « très 21ème siècle » dont les adolescentes issues de la bourgeoisie parlent des noirs dans ce livre.
Voici deux exemples (parmi d’autres) de phrases qui les ont dérangées.

« Tout à fait d’accord. Cette négresse est bonne à enfermer. (…) Qui croit-elle convaincre ? Toutes les études scientifiques démontrent que la race blanche est supérieure à la race noire en tous points. Final»

« La jeune fille était toujours immobile.
– Qu’est-ce qu’elle va faire ? On dirait un hamster, vous ne trouvez pas ?
Judy secoua la tête :
– Ah non, les hamsters, c’est blanc.
Dorothy répliqua en riant :
– Oui, mais ça pue. »

Je fais partie de celles qui pensent au contraire qu’années 50 ou pas, bonne famille ou pas, ces adolescents blancs pensaient les noirs tellement inférieurs à eux que les insulter et/ou les considérer comme des animaux était normal. Je reste persuadée que quelque soit l’âge, l’éducation ou le milieu d’origine de ces jeunes, les insultes pleuvaient et n’étaient pas censurées. Je ne pense d’ailleurs pas que les insultes de cette époque étaient très différentes des nôtres.

Un homme souriait, accoudé sur une pancarte qui indiquait « Interdit aux nègres et aux chiens »

Puis nous avons discuté de la difficulté de savoir, pour ce genre de livres, si l’on est touché par l’Histoire, par l’horreur de ce qui s’est passé il y a moins de 60 ans, ou si c’est l’histoire, le style et la plume de l’auteur qui nous touchent.

Les deux sont difficiles à différencier et je ne sais d’ailleurs pas s’il est nécessaire de le faire…

Pour ma part, je ne sais pas si je suis bien arrivée à bien faire la différence, mais je sais que j’ai trouvé le style et l’histoire un peu trop simples. Le style aurait gagné, je pense, à être plus travaillé et les anecdotes et chapitres plus approfondis et détaillés.
Mais je n’oublie pas pour autant que c’est certainement le choix de l’auteur vu qu’il s’agit d’un livre jeunesse. Et en ce sens,  je dois bien admettre que le style est adapté car je le recommanderais les yeux fermés aux enfants dès 10 ans pour qui ce livre serait une parfaite introduction au thème de la haine raciale.

Et si j’ai donc trouvé le style un peu trop simple, cela ne m’a pas empêché d’être touchée et révoltée.

Note de bas de page : Dans les années 20, le « spectacle » d’Afro-Américains pendus à des lampadaires était photographié puis reproduit sur des cartes postales, que s’arrachaient les Blancs.

Cela ne m’a pas empêché d’admirer la force de ces étudiants qui ont risqué leur vie pour leurs idéaux et de ceux qui les ont soutenus d’une manière ou d’une autre, quelque soit leur couleur de peau.

Il fallait persévérer. Montrer à tout le monde que les Noirs n’étaient pas des victimes ou des lâches. Que l’espoir et le courage n’avaient pas de couleur.
Cela étant, Molly avait tout sauf envie de retourner au lycée. Pas question que ce soit elle qui soit à nouveau jetée en pâture pour faire avancer la cause de sa communauté.
Mais alors, que faire ? Le problème paraissant sans solution.

Cela ne m’a pas empêché non plus d’avoir le cœur serré en lisant certains passages ou le prologue qui raconte ce que sont vraiment devenus ces 9 étudiants.

Peut-être que tout cela ne faisait que commencer. Peut-être que le jour viendrait où les Noirs pourraient assister aux mêmes spectacles que les Blancs. Peut-être que les piscines leur seraient ouvertes toutes la semaine, et pas seulement la veille du nettoyage. Qu’il serait permis de se marier en mélangeant les couleurs…

Cela m’a juste empêché d’avoir un coup de cœur…

Ce qui ne m’empêchera pas de recommander ce livre…

Sweet Sixteen – Annelise Heurtier
Editions Casterman – 220 pages 

 

Les avis de mes co-lectrices : Cindy qui a beaucoup aimé, Cajou qui a été touché par le sujet et l’Histoire avant tout, et celui de Caro qui ne partage pas notre enthousiaste.
Et si Julia avait un blog, il me semble que vous pourriez lire chez elle un avis similaire à celui de Caro, un avis pas emballé.

Et je vous invite à lire l’avis dithyrambique de Lily.

 

10 commentaires sur “Sweet Sixteen – Annelise Heurtier

  1. Lecture à venir pour moi… (un jour…)

  2. Julia le 29 avril 2014 à 11h25 a écrit :

    Je confirme, je n’ai pas été emballée par ce livre.
    J’ai trouve le style plat, la présentation des faits peu approfondie et les dialogues des adolescentes peu crédibles (ce qui a donné lieu a un débat passionné et passionnant ;-) ).
    Même s’il s’agit d’un livre jeunesse, je trouve qu’il manque de profondeur.
    L’Histoire, la vraie, m’intéresse et ce livre aura au moins le mérite de m’avoir donne envie de me documenter sur cette intégration.

  3. On n’arrivera pas à tomber d’accord sur le sujet des dialogues, pour moi ils ne correspondent absolument pas au contexte, je n’en démordrai pas :) Mais le débat était très intéressant, de même que la divergence des points de vue sur un même livre qu’on a lu en même temps. J’arrive de chez Cindy et c’est dingue de voir à quel point elle et toi (et Cajou) n’avez pas vécu ce roman de la même façon que Julia et moi :)

    • Cess le 6 mai 2014 à 12h08 a écrit :

      En effet, on a vraiment des avis différents LOL mais j’ai aimé toutes nos discussions même si on reste chacune sur nos positions :)

  4. Je suis happy que tu aies aimé ! Tant pis pour le coup de coeur !! ;)
    Ce livre attise la curiosité, on veut en savoir plus après sur cette histoire ! C’est un des plus de ce livre, il rend curieux ! :)

  5. Ayé j’ai enfin pondu mon billet et je viens donc faire le tour des copines :D Comme toi, Cess, même si j’ai trouvé le style trop simple, l’histoire manquant de profondeur, ça ne m’a pas empêchée d’être vraiment touchée !
    Puis waouh la photo que tu as mise est vachement forte, elle me serre le coeur (le regard de haine de la femme derrière à droite de l’étudiante noire, oh my God !)
    J’ai vraiment été ravie de partager cette lecture avec vous et de voir tous ces points de vue différents !

    • Cess le 6 mai 2014 à 12h09 a écrit :

      Cette photo me donne des frissons. Et encore tu devrais voir le reportage…. Brrrr.
      Oui nous avons le même avis toi et moi pour un LC qui aura fait couler bcp d’encre… :)

  6. mmmm, sais pas…. Pas maintenant en tout cas !

  7. Il a l’air intéressant par son aspect historique, au moins.

  8. Syl. le 2 mai 2014 à 09h35 a écrit :

    Je ne pense pas le lire. J’ai trop de livres en attente et le temps me manque misérablement !!!
    L’histoire est proche de nous, le langage que tu mets en exemple ne me surprend pas. Il y a des auteurs du 19ème qui ont une plume très moderne.
    Beau billet Cess !

    • Cess le 6 mai 2014 à 12h18 a écrit :

      Merci Syl, le langage ne me choquait pas non plus, je pense aussi qu’il y a 60 ans on parlait comme ça, même issus de la bourgeoisie. :))
      Je pense que tu peux passer même si le sujet est très touchant.

  9. louis fevrier le 6 mai 2014 à 17h38 a écrit :

    livre excellent je le conseillle

  10. Alexia le 7 mai 2014 à 02h07 a écrit :

    L’ajout du personnage de Grace m’a dérangée. Cela m’a donné le sentiment que l’auteur considérait que nous avions besoin d’un personnage blanc pour nous intéresser à une histoire qui aurait été très intéressante sans aucun sauveur blanc. Honnêtement, il y a tellement peu de protagonistes de couleur dans la littérature que je ne comprends pas le besoin d’ajouter ENCORE un perso blanc là où ce n’est pas nécessaire. A croire qu’une histoire n’est pas complète sans ajouter l’histoire et le point de vue d’un personnage blanc. Dommage.

    • Cess le 15 mai 2014 à 14h10 a écrit :

      Je n’ai pas pris Grace comme le sauveur blanc car pendant tout le livre elle est plutôt passive au contraire… Mais pour ma part il y avait d’autres aspects qui m’ont déçus.

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