Les lectures de Cécile

24
fév

Une photo, quelques mots #15: Espoir

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Deux ans qu’il venait tous les lundis,
En espérant croiser à nouveau Lily

Il l’avait rencontrée au lavomatic
L’avait abordée, tcbatchée et séduite
Très vite ils avaient découvert des joies toutes orgasmiques
Et ils s’étaient quittés en souhaitant que leur aventure soit reconduite.

Pendant quelques temps ils s’étaient retrouvés,
Tous les lundis au lavomatic,
Ils se parlaient, couchaient et rigolaient,
Et tombaient amoureux d’une manière tout à fait unique

Lily était parfaite,
Avec ses drôles d’histoires, ses lectures et ses grands yeux bleus,
Et il sut très vite que pour lui elle était faite,
Et que bientôt ils prononceraient leurs vœux.

Mais quand il lui proposa de la revoir le mardi,
Et le mercredi, le jeudi, le vendredi et le samedi,

Quand il lui expliqua,
Que la voir qu’un jour par semaine ne lui suffirait pas.

Quand il lui proposa de mêler sa vie à la sienne,
Et de se tenir la main sous la pluie diluvienne,

Lily sautilla, ria, et acquiesça,
Folle de joie car elle n’attendait apparemment que ça.

Le rendez-vous fut donc pris
Le lendemain midi
Devant une jolie brasserie.

Il arriva au rendez-vous
Confiant comme seuls le sont les amoureux fous

Il attendit sa bien aimée en sirotant un coca,
Mais malheureusement, Lily ne vint pas.

Que lui était-il arrivé ?
Le pire fut envisagé.

A la peur succéda la colère et l’incrédulité
Et à la colère succéda le désespoir
Pourtant il refusa d’envisager qu’il se soit fait duper
Et préféra garder espoir

Espoir,
De la revoir,
Désespoir,
Broyer du noir,
Espoir,
De la revoir…

Deux ans qu’il venait tous les lundis,
En espérant croiser à nouveau Lily…
La femme de sa vie.

Photo de Kot.
Merci encore à Leiloona de nous proposer ses ateliers d’écriture.

13
jan

Une photo, quelques mots #14: quand le passé s’impose à moi

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J’ai 18 ans, je suis jeune, belle et la fille du chef du village.
Je suis intelligente aussi. Et ambitieuse. Je peux et je veux faire des études, devenir quelqu’un.
L’homme que je vais épouser est le fils du chef d’un des villages voisins, mais ce n’est pas l’ainé et il n’a pas besoin de rester ici. Nous nous installerons dans la capitale et nous serons monogames. J’aime ma mère, tout comme les autres femmes de mon père. Sa dernière femme est même ma meilleure amie d’enfance. Et si je les aime et les respecte toutes, je ne comprends pas la notion de partage. Lui non plus. Encore un de nos points communs.
Je fais une belle mariée je crois. Mes traits ne sont pas parfaits mais je suis grande, j’ai de la prestance et je suis intelligente. Ca me rend encore plus belle d’après lui.
Nous avons décidé de nous marier sur la place de mon village. Nos pères sont amis et étaient d’accord. Mieux valait faire ça chez l’un d’eux plutôt qu’à l’extérieur qui n’était pas sur avec la guerre. On ne sait jamais ce qui peut se passer, même dans nos villages. La semaine dernière encore il y a eu beaucoup de morts dans le village d’à côté.
Mais je veux qu’on voit mon bonheur, je veux que tout le monde sache que cette guerre ne doit pas nous empêcher de vivre.
J’avance doucement, et je le vois à travers mon voile de larmes. Qu’il est beau. Je lui souris et le sourire qu’il me rend m’atteint droit au cœur. Comment est-ce possible d’aimer autant ?

J’avance encore, et c’est là que le bruit explose. Je n’ai pas le temps de comprendre, je m’envole et je sens mon corps s’écraser et mes os se casser quand je retombe par terre. J’ai mal. Que se passe-t-il ? Où est-il ? J’entends au loin des cris, des bruits, j’ai mal partout. A la jambe, au ventre. Ma tête me tiraille, j’ai l’impression qu’elle va exploser. Je ne peux pas bouger, je sens un liquide chaud couler le long de ma joue. Ma robe va être tachée. Ou est-il ? Va-t-il bien ? Et mes parents ?  Mes frères, mes sœurs ? Je dois me lever mais mes jambes ne me répondent pas. Les cris deviennent de plus en plus lointains. J’ai soif. J’entends mon nom mais je n’arrive pas à ouvrir les yeux. Cette douleur… Je décide de les garder fermer. Et je n’entends plus rien. Papa, pourquoi ne t’ais-je pas écouté ?

 

« Louvre Rivoli. Vous êtes à Louvre Rivoli ».
Je me réveille en sursaut. Mon cœur bat à 1000 à l’heure. Encore ce souvenir. Après 20 ans, je le revis encore à chaque fois que je ferme les yeux. 20 ans et je sens encore le gout de la poussière mélangé au sang dans ma bouche.

20 ans. 20 ans que cette bombe à éclaté et que je l’ai perdu. Il est mort sur le coup et a emporté avec lui une part de mon cœur, de ma joie de vivre et de mon ambition.
Aujourd’hui, j’ai plus vécu à Paris que là-bas et pourtant le souvenir est toujours aussi vif. Mon passé me rattrape chaque jour, dès que je ferme les yeux ou que je me regarde dans un miroir et vois cette cicatrice. J’ai un travail insignifiant, loin de mes rêves de jeunesse mais des enfants magnifiques qui sont ma raison de vivre et un mari patient et que j’aime.  J’ai refait ma vie. J’ai changé. Je suis heureuse aujourd’hui. Le passé est le passé. Oui. Sauf que cette cicatrice me rappelle au quotidien ce et ceux que j’ai perdus. On ne sort pas indemne d’une guerre, surtout une dont on se pensait supérieure. Je me croyais invincible et je crois que je l’étais. Jusqu’à ce que le destin en décide  autrement.

 

Photo de Kot.
Merci encore à Leiloona de nous proposer ses ateliers d’écriture.

9
déc

Une photo, quelques mots #13 : mais il est où ?

 

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Putain, putain, putain. Je n’y serais jamais dans 10 minutes. Bon elle a l’habitude que je sois en retard mais là, avec le métro qui n’arrive pas, elle risque de m’attendre longtemps. Où est ce téléphone ? J’en peux plus de ce sac, je vais quand même pas le vider sur le quai. La pauvre, elle va finir par me détester. Et dire que quand j’habitais Strasbourg je n’étais jamais en retard. En même temps, ici tout le monde est toujours en retard. Sauf elle. Oui mais bon ce n’est quand même pas de ma faute si ces métros ont toujours du retard. Et là il va être surbondé en plus. Ah Paris. Je déteste mon sac, je déteste chercher mon téléphone… j’en ai des conneries là-dedans hein… Merde je ne le trouve pas. Bon, allez je m’accroupis, et je vais regarder dedans. Je ne comprends pas pourquoi je continue de chercher mon téléphone à tâtons dans mon sac vu que de toutes façons je ne le trouve jamais comme ça et que ça le don de m’énerver encore plus. Bon pas ici, peut-être dans la poche intérieure. Non plus, putain j’espère que je ne me le suis pas fait voler… Ah tout de suite les grands mots hein. Allez, tu le perds 10x par jour, il a du se coincer dans ton livre. Pas là non plus. L’autre poche ? En même temps, si tu choisissais UNE poche où tu le mettrais tout le temps, tu n’aurais pas ce problème. Oui bon ça sert à rien de penser ça maintenant hein. Surtout que quand je le retrouverai, je ne le rangerai pas dans une poche pour autant. Chaque fois c’est pareil, sur le moment, je me promets que c’est ce que je ferai et puis le moment de stress passé, hop, je le remets n’importe où. Bon allez ça ne m’amuse plus là, il est où bordel, faut que je prévienne Laurie qu’elle peut aller m’attendre au café. Bon il n’est pas là, je vais vraiment devoir vider mon sac sur le quai. Avec ma chance, c’est là que le métro va arriver.  OK ne panique pas, il doit bien être quelque part. Non mais comment on faisait avant sans portable hein ? On y arrivait très bien, on se fixait des rdv et on n’était pas en retard. Voilà comment on faisait. Marrant qu’à chaque fois que je ne trouve pas mon téléphone je finisse par me demander comment on faisait avant. Comme si ça allait changer quelque chose au fait que maintenant j’en ai besoin et ne le trouve pas. Quand je loupe un avion je ne me demande pas comment ils faisaient, avant, pour voyager hein. Super comparaison vraiment. Bon. Allez. Mon porte-monnaie par terre, le paquet de mouchoir, un briquet, des centimes, mon agenda, mon livre, mon kindle, une serviette hygiénique, un stylo, merde où est le bouchon, je vais encore abimer un sac s’il coule, faudrait vraiment que je prenne plus soin de mes affaires hein, où est ce bouchon putain. Caaaaaaalme-toi, tu as l’air d’une folle à poser toutes tes affaires par terre avec ses gestes saccadés et énervés. En même temps je suis énervée, comment je vais faire sans mon portable là ? C’est là que tu te rends compte que t’es vraiment accroc à ton téléphone hein. Ça aussi, à chaque fois je me le dis. Ca ne changera pas les faits hein. Oui je suis accroc à mon portable, et alors ? Ca pose un problème ? Bon vraiment, calme-toi, si tu commences à t’énerver contre toi-même, ça ne va pas t’aider à le trouver hein. Bon le métro arrive, range tout.
Je l’ai perdu. Bon on me l’a peut-être volé  hein ? Non on ne te l’a pas volé. Tu l’as perdu c’est tout. Quand est-ce que je l’ai utilisé la dernière fois ? En marchant je whatsappais. Je l’ai rangé quand j’ai passé mon ticket de métro. Bon. J’ai pu le faire tomber à ce moment là. Arfff, je savais que j’aurais du rester chez moi aujourd’hui. C’est pas une bonne journée, je le sa-vais.
Je vais passer une heure à bloquer ma carte SIM et ça va me couter un œil d’en acheter un nouveau. Manquait plus que ça tiens. Je pourrais demander à quelqu’un de me prêter son portable pour écrire un message à Laurie. Sauf que pour ça il faudrait que je connaisse son numéro par cœur, ce qui n’est pas le cas. (Là aussi, avant, on connaissait nos numéros par cœur). Et puis la dernière fois que j’ai fait ça, en allant à Marseille quand mon réseau ne passait pas, je suis tombée sur la seule femme de mon âge qui doit encore avoir un portable sans clavier tactile. Non mais sérieux, qui a encore ce genre de téléphone hein ? j’ai mis une demi heure à écrire un message. Appuyer sur chaque touche 30 fois pour atteindre la lettre voulue. Jamais pu trouver les apostrophes sur ce vieux Nokia pourri d’ailleurs, j’avais écrit mon texto avec des espaces à la place. Bref, ça fait chier ce téléphone quand même. C’est pas la fin du monde, on est d’accord, mais ça fait chier quand même hein. Mais c’est pas la fin du monde hein, et puis tu ne peux rien y faire de toutes façons si tu l’as vraiment perdu. Oui, mais ça fait chier quand même. Et je vais le retrouver, je n’ai pas pu le perdre. Allez, je l’ai peut-être mal chercheé Hop c’est reparti pour une recherche à l’aveugle dans ce putain de sac trop grand. Bon, tu me diras, même quand ils sont petits je le trouve pas, c’est pas vraiment une excuse hein. Et voilà le métro. Bondé. Comme prévu. Su-per. Allez hop, prends ton courage à deux mains, pousse les gens et vas-y. Je déteste le métro bondé. Tous ces gens là… Tiens un groupe d’ado. Je vais me mettre à côté d’eux ça me changera les idées. J’adore les écouter et les regarder flirter en se chamaillant. On était vraiment aussi cons nous, à 16 ans ? Sûrement. Mais on ne s’habillait pas comme des putes et on n’avait pas l’air d’avoir 25 ans. Et on avait pas de portables nous. Bref, revérifie tes poches. Comme si ça allait changer quelque chose, ça fait 10x que je les vérifie. Oui ben vérifie les quand même. Ah.
Tiens. Il est là. Ouf. Je savais que je ne l’avais pas perdu. Mais je suis quand même soulagée. Je me fais toujours une grosse frayeur mais finalement je ne le perds jamais. Hop. Je peux prévenir Laurie que j’aurais du retard. Pas tant que ça finalement en plus, même pas 10 minutes si tout va bien. Mon dieu comme ils parlent ces jeunes… Vous ne voulez pas apprendre à parler normalement sérieux ? Et toi, là, tu serais tellement plus jolie sans cette couche de fond de teint.

 

Photo de Kot. 
Merci encore à Leiloona de nous proposer ses ateliers d’écriture.