Les lectures de Cécile

19
jan

La Maladroite d’Alexandre Seurat : un petit livre pour une grande claque

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Un petit livre pour une grande claque.
L’histoire d’une petite fille « maladroite » au point d’arriver régulièrement à l’école avec de nouvelles blessures sur le corps. 

Comment tu t’es fait ça ? Elle m’a regardée tout droit, comme elle faisait toujours, elle a souri, et elle a dit, Je suis tombée, et son regard disait, Maîtresse tu ne sauras jamais. Elle a ajouté, Je suis très maladroite, mais ce n’étaient déjà plus ses mots, c’était la ritournelle à servir en toute situation problématique.

L’histoire d’une famille qui nie, d’une petite fille qui cache la vérité, de ceux qui voient et ne font rien, de ceux qui font mais pas assez, ou trop tard, de ces autorités qui manquent de preuves et n’en cherchent pas davantage…
L’histoire d’une fille de 8 ans, maltraitée et malaimée.  

Les dessins de Diana étaient à son image, cabossés, déformés, bizarres, pathétiques, ils me prenaient au coeur. 
Une claque donc. Un coup de poing. Un livre qui secoue, qui nous fait nous interroger et qu’on lit avec une certaine distance car l’auteur donne la parole à divers interlocuteurs (tante, grand-mère, instituteurs, gendarmes, assistante sociale, médecins…) d’une manière assez froide, presque clinique. 
On tourne les pages tout en gardant une distance donc, ou tout du moins c’est l’impression qu’on a pendant une partie du livre…
Parce qu’au fur et à mesure de notre avancée, au fur et à mesure des témoignages, la tension monte, on commence à se sentir oppressé et à la fin on se rend compte en fermant le livre et en se le repassant en boucle que non, on n’a pas pas gardé tant de distance que ça finalement… 
Surtout quand on sait que ce récit est tiré d’une histoire vraie. 
Non. On est touché, on est secoué, on ne comprend pas comment ça a pu aller jusque là. 
Et on s’interroge : comment se fait-il que ce soit si dur de sauver un enfant maltraité ? 
 
Ils auraient dû voir, disent-ils, si eux ne voient pas, alors qui ? C’est tellement énorme. (…)
Au conseil général, nous travaillons dans un cadre précis qui nous est imposé, et nous accomplissons notre tâche en fonction des missions qui nous sont attribuées par la législation. Or le parquet n’avait pas donné suite, l’affaire avait été classée. Les décisions d’évaluations nous les prenons selon les éléments que nous avons, il y a un cadre à respecter. 

Un premier roman réussi qui ne laisse pas indifférent alors même – ou surtout car – il nous touche sans jamais nous livrer de détails physique de maltraitance. 

Un roman fort et à lire. 

Et si vous n’êtes pas convaincus, je vous invite à lire les avis de Noukette, LeiloonaStephie, CajouEmilie

 

28
oct

Les ennemis de la vie ordinaire d’Héléna Marienské, des addicts qui me laissent mitigée…

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Depuis quelques temps / mois, je me chronique quasiment que les livres que j’ai adorés ou détestés, rarement ou pas, ceux dont je suis ressortie mitigée.

Sauf que généralement les livres « sans plus  que je ne chronique pas» ne me retournent pas le cerveau comme celui-ci. Il fallait donc que j’en parle même si je ne sais pas par où commencer vu que je n’arrive toujours pas à savoir si j’ai aimé ou détesté ce livre et encore moins comment je vais pouvoir expliquer mes ressentis…

Tout n’est que contradiction dans ma tête.

Mais essayons… et pitchons…

Clarisse, psychologue, a trouvé la manière révolutionnaire de soigner les addicts qu’elle suit en les réunissant deux fois par semaine. Une sorte d’ Addicts Anonymes qu’elle laissera s’exprimer et au début, s’éventrer.

– Vas-y, tu me pètes les couilles toi, là !
– Cours prendre ton fix et tais-toi, la camée (propos suivis d’un même tourné de page méchanique). Et si tu causes, épargnes-nous ta vulgarité de poissarde. 

 

C’est ainsi que Damien l’intello pédant accro au sexe va côtoyer Gunter le beau gosse accro au jeu, Mariette l’adolescente addict à tout ce qui s’injecte, Mylène l’acheteuse compulsive, Elizabeth qui boit depuis 10 ans pour oublier les infidélités de son mari, Pablo qui a besoin de sa dose de sport quotidienne et JC, le curé qui ressemble au pape et qui s’aligne quelques rails de coke pour se donner de l’énergie et faire des sermon endiablés.
Tout ce beau monde se réunit donc, se juge, s’insulte, se parle et tient une sorte de journal pendant quelques temps avant d’évoluer, de s’entraider, de se rapprocher et de se soutenir…

Tout le monde parle, tout le monde se raconte. Une espèce de compétition semble avoir lieu. Qui est le plus addict ? Qui est tombé le plus bas ? Qui mérite la médaille de la plus belle épave ?

On commence alors à y croire et même à… oserais-je dire, s’attacher à eux…
On y croit donc, et comme le lecteur est souvent pris à partie dans ce livre, autant donner notre avis : on commence donc à espérer et encourager. Liz tu es sur la bonne voie. Je suis fière de toi. Mylène, génial le coup de l’antivol… Et vous les garçons qui courrez tous les matins, bravo.

Sauf que voilà… l’espoir est de courte durée.

Est-ce que vous pensez vraiment que des épaves, des looseurs peuvent s’en sortir ?
L’auteur n’y croit pas en tous cas.
Et voilà, c’est parti, c’est la rechute, la débandade, la décadence.
Clarisse est hors jeu, psychologue devenue elle-même accro aux médocs et à la boisson, nos 7 se retrouvent, replongent, se shootent, baisent, se piquent, et… jouent.

Les addictions empirent, se multiplient et la petite lectrice que je suis n’a plus su sur quel pied danser.

Le décalage entre le style léger « ah je replonge, c’est bon c’est trop bon » « ah ah, il est limite en train de violer sa femme qu’il a préalablement mis dans les vapes », « ah ah j’en chie littéralement de bonheur et je bande devant un chien », ah ah oui…

ou non… Car, je le disais donc, le décalage entre le ton léger et le glauque des situations m’a dérangée.

Avec « Le Grand Plan » j’ai souri, je me suis dit que l’auteur allait nous amener dans du grand n’importe quoi, extrapoler, exagérer, les laisser addict mais les faire grands, révolutionnaires, flambons les amis, flambons… je m’attendais à ce que la seconde partie ne soit que décalage et humour, j’ai rêvé de la démesure, ils vont tous finir cockés mais riches, ils vont tout rafler, ils vont « entuber » tout le monde.

Et je n’avais pas complètement tort mais je pensais que ça serait léger, pas crédible mais quitte à aller dans l’extrême allons-y gaiement.
Mais de la gaieté et de la légèreté ce n’est pas ce que j’ai eu. J’ai eu la déchéance, le glauque, le malsain.

Alors, certes, j’ai été servi en exagération et démesure, mais pendant une partie du livre, pas dans un sens drôle et léger, au contraire.
Et alors que les situations s’empirent et deviennent de plus en plus malsaines, on garde ce style détaché, l’humour noir et le sarcasme. Et l’auteur m’a perdue à ce moment. Je ne savais plus comment réagir, la tournure des phrases et le fatalisme de l’auteur me faisaient sourire mais les situations me dégoutaient.

Tu es d’accord que pour la plupart d’entre nous, le problème de l’addiction, c’est surtout ses conséquences financières, entame Pablo.
– Oh là, là ! Exactement. Être addict, ça ne me défrise pas. Je suis addict, et alors. Le problème, c’est de se donner les moyens de son addiction. 

 

Si l’on été passé du «Grand Plan » directement à « l’exécution du plan » (qui m’a bien plue), je crois que j’aurais pu adorer ce livre. 
Mais entre les deux moments, il y a quand même eu le dégout, la pitié, le mépris, l’ecoeurement, et finalement peu de sourires…

Ca reprend en dernière partie, mais c’est trop tard. Pourquoi revenir sur un ton plus léger et loufoque alors que vous avez pris une autre direction juste avant ?

C’est amusant, ce jeu, ça vous ferait presque oublier les vulves et les nichons

Un rendez-vous en demi teinte pour moi, vous l’aurez compris. Je n’ai pas detesté, j’ai même beaucoup aimé le style et les voix (très réussies par leur différence de style) de chacun, j’ai trouvé l’histoire de base sympa et originale et les personnages hauts en couleurs…mais on est quand même très très loin de la comédie hilarante promise… 

Un livre qui m’a beaucoup fait penser à Au Revoir, là haut (que j’avais pour le coup détesté) tant au niveau de l’histoire que de l’humour… 

Je vous invite cependant à lire l’avis de Cajou et celui de Severine qui ont adoré ! 

 

25
nov

Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger, 278 pages qui mettent de bonne humeur et donnent le sourire !

trente
Résumé de l’éditeur, légèrement modifié :)

Ce livre débute avec Mortimer, notre héros, allongé dans son lit en costume noir. Costume qu’il a choisit pour son enterrement.
Parce que voilà, aujourd’hui, c’est son anniversaire : il aura 36 ans à 11 heures. Et comme, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés le jour de leur 36e anniversaire, Mortimer ne voit pas pourquoi il ferait exception.
C’est pourquoi il rend son appartement, pose sa démission, vend sa voiture, vide son frigo, fait le ménage et s’allonge sur son lit en attendant sa mort.
Mais le sort lui joue un drôle de tour. Car ce 15 février à 11h, Mortimer ne meurt pas. Le voici même en pleine santé mais sans travail et sans appart… et il va lui falloir désormais vivre vraiment, sans connaître l’heure de sa mort, comme tout un chacun, en somme.

 

Si je n’étais pas sûre d’accrocher complètement au style au début, je me suis finalement laissée complètement embarquer dans cette histoire loufoque.
C’est drôle, touchant, cocasse, sarcastique ; les personnages sont originaux, et bien que caricaturaux, ils n’en restent pas moins, finalement, bien attachants.

Or, s’il fallait résumer mon malheur, je pourrais le faire en trois mots : je suis vivant.
Que je sache, il n’y a pas mort d’homme. 

De Paquita à Nassar, en passant par Jasmine et les aïeux de Mortimer, les personnages que l’on rencontre sont atypiques et hauts en couleur.
Au travers des pages, on sourit beaucoup, on voyage un peu, on s’attache, lentement mais sûrement et on imagine des chapeaux loufoques, des crêpes dans un camion, un café imbuvable, un bidet et un âne qui peuvent s’avérer fatale, un banc à center park, une tante peu attachante, un homme sage, une femme d’âge mur au grand cœur et aux tenues provoquantes, une fille qui pleure sous la pluie et un garçon qui se laisse vivre, sans s’attacher car il connaît la date de sa mort…

Cette fille, c’était du papier alu entre les deux couronnes dentaires, une coupure de l’index sur une feuille de papier, une gerçure aux lèvres qui se fend quand on rit. Une chose insignifiante avec un potentiel d’emmerdement énorme. 

Au final, c’est le genre d’histoire qui ne permet pas vraiment le coup de cœur : on met du temps (pour ma part en tous cas) mais on finit par s’attacher aux personnages, on rit et on est touché mais on ne vit pas l’histoire et on ne s’identifie pas non plus.

Pour autant, j’ai passé un très très bon moment avec ce livre qui met de bonne humeur, donne le sourire et qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur !

Le vrai café, tu vois, c’est pas fait pour les femmes. 

Je vous invite à lire l’avis de Leiloona qui m’a convaincue de me procurer ce livre,  celui de ma co-lectrice Bladelor pour qui ce livre a été « une bulle de bonne humeur et de tendresse : une lecture-plaisir qui se déguste » et ceux de  Stephie , de Clara et de Sophie, très positifs.
Enfin, je l’ai également lu avec Fée qui n’a plus de blog (snif) mais qui,  comme moi « ne pensait pas s’attacher aux personnages mais qui les a finalement adorés. Et si elle a un peu moins aimé la première partie, elle n’était pas loin, sur la fin, du coup de cœur. »

Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger 
Editions Rouergue – 278 pages