Les lectures de Cécile

13
sept

Mini-Chro’s #9 – Ces livres parfaits pour les vacances (2ème partie)

 

le cercle des menteurs

 

Résumé de l’éditeur, légèrement modifié :
Le 7 avril 1813, dans un moment d’exaspération, Agatha Cunnington s’invente un mari, Mortimer Applequist. Ce subterfuge lui permet de voyager tranquillement jusqu’à Londres, de louer une petite maison et d’embaucher quelques domestiques à qui elle explique que son époux est en voyage. Jouissant désormais d’une pleine liberté, elle peut enquêter sur la disparition de son frère. Malheureusement, vanter à qui veut l’entendre les qualités et les exploits de Mortimer éveille des curiosités. Il faut maintenant trouver un homme pour tenir ce rôle pendant quelques jours. Quelqu’un d’assez fruste pour ne pas poser de questions. Agatha jette donc son dévolu sur un ramoneur.

Mais le ramoneur en question n’est pas celui qu’il prétend être…
Simon, lui aussi enquête sur la disparation du frère d’Agatha, mais pour d’autres raisons.

Voilà la romance historique qui fait du bien.
Des personnages originaux mais surtout aux comportements originaux !
Agatha m’a surprise (en très bien) de nombreuses fois par ses réactions qui vont à l’encontre de toutes celles que j’aie lues dans les romances historique jusque là.
C’est que, quand notre héroïne décide quelque chose, peu de choses la retiennent… :-)
L’intrigue est prenante, les personnages sont supers, il y a des moments couinants, un peu d’action, des rebondissements, des scènes qui font rire, et des personnages secondaires attachants.
Bref, à part une longueur dans l’intrigue vers la fin, c’est un quasi sans faute, ce qui est assez rare.

Le club des menteurs 1 : l’espion de la couronne – Celeste Bradley
Editions J’ai Lu Aventures et Passion – 349 pages

 

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Take

« All he’d once dreamed of was right there within reach. All he had to do was reach out and take it »

Ce tome reprend là où on avait laissé le précédent.
Tate a fini par accepter d’essayer une relation homosexuelle et Logan, quant à lui, doit choisir s’il est prêt à prendre le risque de commencer une relation sérieuse.

J’ai une fois de plus eu beaucoup de plaisir à suivre Logan et Tate et voir l’évolution de leur relation et la façon dont ils vont surmonter les obstacles.

Ce tome est touchant, les personnages sont géniaux et vrais, j’aime toujours autant le fait qu’ils communiquent, se disent les choses et une fois de plus, j’ai même couiné à certains moment:-)
J’ai particulièrement apprécié qu’ils sortent un peu à l’extérieur et rencontrent d’autres personnes etc.
Cette suite est une évolution logique qui m’a donc fait passée un très bon moment.
Mon seul bémol est qu’étant donné que c’est un érotique, il y a un peu trop de cul.

Je pense que cette série aurait gagné à avoir moins de scènes hot, car on a l’impression que les personnages reviennent toujours à ça et que c’est surtout ce qui les lie alors que ce n’est pas le cas… Logan et Tate partagent bien plus que ça mais ce n’est pas forcément mis ce qui est mis en avant.
Et puis à la longue, on finit par se lasser de ces scènes (alors qu’elles émoustillent tout de même au début) même si je dois reconnaitre que l’auteur sait se montrer originale, étant donné qu’elles sont toutes différentes des précédentes :)

« You know what ? I think you care, Logan Mitchell. »
Tate was right. He did care. A whole fucking lot, but there was no way in hell he was going to be the one to lay open his heart after just a few weeks in.

Temptation 2 : Take – Ella Frank
Ebook – 265 pages
 
 
 
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collier rouge
 » Morlac se redressa et jeta violemment sa cigarette contre le mur, au fond de sa cellule. Il avait l’air furieux. La guerre, qui l’avait privé des expressions douces de la joie ou du plaisir, avait visiblement développé en lui la capacité d’exprimer la colère et même la haine. »
 
Eté 1919, une chaleur étouffante dans un petit village du Berry. Un chien qui aboie jour et nuit devant une caserne déserte. Une prison vide à l’exception d’un détenu qui est aussi un ancien héros de guerre.
Et puis, un ancien aristocrate devenu juge qui est venu juger cet homme dont l’acte peut lui valoir le peloton d’exécution.

Quelle est cet acte ? Pourquoi ce héros de guerre a-t-il fini emprisonné ? Et pourquoi, surtout, ne montre-t-il aucun regret et cherche-t-il presque à être jugé coupable ?
Qui est Valentine, cette paysanne bien trop cultivée ?
Et ce chien ? Témoin clé de l’affaire en cours de jugement, quel rôle a-t-il joué ?

Des personnages brisés par une guerre qui a eu raison de leurs convictions, des apparences trompeuses, un paysan qui lit Marx et Victor Hugo, un interrogatoire qui tourne à la conversation, une histoire de fidélité, et beaucoup de questions, pour un roman de 156 pages qui nous embarque et nous touche.

Bien mené, une écriture fluide et poétique, ce roman est différent, prenant et s’il ne me laissera sûrement pas un souvenir impérissable et qu’il aurait pu être plus dense, fouillé et détaillé, il aura le mérite de m’avoir surprise, de m’avoir montré un autre aspect de cette guerre, des relations entre les Hommes, et d’avoir fait mouche.
Un bon moment que je conseille.

Je vous laisse également lire l’avis de Sophie pour qui c’est presque un coup de coeur.

« – Je ne lui ai que trop sacrifié, à la Nation. Ca me donne le droit de lui dire certaines vérités. 
Il ne se démontait pas. Tout dépenaillé qu’il fût, Morlac tenait tête au juge et lui répondait du tac au tac. Voilà ce qu’avaient produit quatre ans de guerre : des hommes qui n’avaient plus peur, qui avaient survécu à tellement d^horreurs que rien ni personne ne leur ferait baisser les yeux. »

 
Le collier rouge – Jean-Christope Rufin
Editions Gallimard – 156 pages.  
 
 
 
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au périlRésumé de l’éditeur :
Ministère public contre Kyles Rhodes ! Rylann n’en croit pas ses yeux ce matin-là, lorsqu’elle ouvre le dossier posé sur son bureau. Adjointe du procureur de Chicago, elle a connu Kyles dix ans plus tôt alors qu’elle était jeune étudiante en droit. Tous deux avaient flashé l’un sur l’autre et, malgré un rendez-vous raté, leur rencontre est restée gravée dans sa mémoire. Aujourd’hui elle retrouve Kyles cyber-délinquant et témoin-clé dans une affaire de corruption. Il est toujours terriblement sexy, mais Rylann a toujours fait passer sa carrière avant tout…
 
 
– Pas mal ? railla-t-il.  Cher Maître, je suis doté de deux talents exceptionnels. La science informatique vient en deuxième.

 

Vous êtes à la recherche d’une romance légère et drôle ?
Ne cherchez pas plus loin, lisez ce livre (si vous n’êtes pas maniaque par rapport à l’ordre des tomes dans une série. Celui-ci étant un tome 3).

J’ai ri dès la première rencontre entre Rylann l’étudiante en droit à la langue acérée et Kyle le génie de l’informatique.
J’ai ri à la seconde rencontre aussi, 9 ans plus tard, entre une Rylann cette fois assistante de procureur, et un Kyle, toujours génie de l’informatique mais également un ex prisonnier surnommé le « Terroriste de Twitter ».
Et j’ai ri aux rencontres suivantes aussi.

Je me suis marrée donc, certes, mais ce n’est pas tout.  J’ai aussi aimé les personnages, leurs dialogues, leurs caractères, j’ai aimé l’histoire  et les personnages secondaires (notamment la soeur de Kyle) et j’ai même un peu couiné (mais pas assez peut-être).
Sincèrement, je n’en demandais pas plus : c’est une romance mignonne, drôle et légère qui remplit parfaitement son rôle !

– Je t’avais dit que c’était inutile de prendre un jour de congé pour ça. 
– Au risque de louper le grand final ? Pas question. Je suis toute émoustwittée à l’idée de ce qui va se passer. 

 

NB : je recommande tout de même davantage le tome 4, Love Irresistibly, dont je vous parle ici et qui est très drôle et très couinant ! :)

 
Au péril d’un rendez-vous (FBI tome 3) – Julie James
Editions J’ai Lu Promesses – 312 pages. 
 
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islaJ’avais adoré Anna and The French Kiss  ainsi que Lola and the boy next door.
J’attendais ce troisième tome depuis 2011 et dire que j’étais impatiente est donc un euphémisme.
Mais cette fois encore, Stephanie Perkins ne m’a pas déçue.
On retrouve ici Josh, un personnage que l’on avait rencontré dans le premier tome et Isla.
Josh, c’est l’artiste, l’introverti, Isla c’est la rêveuse. Bien que dans la même classe depuis 3 ans, et bien qu’Isla soit amoureuse de lui depuis toujours, ces deux-là ne se sont jamais parlé, ou presque.
L’histoire commence à NYC quand ils se croisent dans un café, puis continue à Paris, entre dortoirs, cours et toit d’immeuble avec vue sur Paris, en passant par une escapade à Barcelone.
Tout du long, ou presque, j’ai eu un sourire scotché au visage, et rien que pour ça, je ne regrette pas ma lecture.
A vrai dire cette lecture c’est exactement ce que j’attendais : des passages hyper mignons, un peu de couinements, une fin qui m’a faite fondre (so cute), des échanges qui m’ont fait rire, et, comme je le disais au dessus, un sourire niais quasi tout du long.
Pourtant, je dois avouer que je me suis ennuyée à un moment donné. Il y a un passage à vide à un peu plus de la moitié où il ne se passe pas grand chose et où Isla m’a agacée avec certaines de ses réactions. Des réactions et insécurités que je n’ai pas trouvé justifiés, ni crédibles, et que j’ai trouvé un peu tirées par les cheveux, même si elles le sont peut-être réalistes pour une adolescente de 17 ans ?
Ceci dit, je n’ai pas du tout boudé mon plaisir pour autant : ce livre c’est exactement ce que j’en attendais et il conforte le souvenir qui me restait des deux autres tomes : celui de refermer le livre un sourire aux lèvres, des petits papillons dans le ventre, et la midinette en moi, comblée :)
 
You know that because you asked me out, you’re the one who has to pick the place, right? ».
Throat. Dry.
Dry throat. 
All of the dryness in my throat. 
Josh places the pen back between his teeth and then immediately takes it out again. « Whatever you suggest. » He grins. « I’ll say yes. You’ll definitely get a yes. If that helps. »
 
 
Isla and the happily ever after – Stephanie Perkins
Ebook – 339 pages
 
 

29
avr

Sweet Sixteen – Annelise Heurtier

sweet-sixteen

Basé sur des faits réels, Sweet Sixteen raconte l’histoire de 9 étudiants noirs qui vont intégrer un lycée « blanc » en 1957, dans le sud des USA, où la ségrégation raciale sévit.

L’histoire retrace l’année scolaire de ces étudiants âgés entre 12 et 16 ans et est racontée de deux points de vue différents :

– Celui de Molly, une des 9 qui raconte  ses doutes et ses peurs, depuis le moment où elle se porte volontaire pour faire partie des étudiants qui allaient changer l’Histoire, jusqu’à la fin de l’année scolaire, en passant entre autre par le jour de la rentrée et le jour de ses sweet sixteen, ses 16 ans tant attendus…

– Celui de Grace aussi, jeune fille blanche de bonne famille qui se préoccupe davantage de ses tenues et du garçon de ses rêves que de ce qui se passe dans son lycée.

Si certaines des copines ont trouvé que c’était trop caricatural (blancs = méchants, noirs = gentils) j’ai trouvé au contraire qu’il y avait beaucoup de nuances.

D’une part par l’évolution de Grace qui, au vu de son éducation, met certes du temps à comprendre pourquoi la cruauté de ses pairs la dérange mais qui finit donc par évoluer, et d’autre part en montrant également que la communauté noire était loin d’approuver le choix de Molly et que ses amis d’enfance pouvaient se montrer tout aussi cruels envers elle à cause de son choix que les blancs de son lycée.
A contrario, l’auteur n’omet pas de nous raconter des anecdotes mettant en scène des blancs favorables à la mixité, comme ce couple blanc venu aider une des étudiantes à monter dans un bus, le jour de la rentrée, alors qu’elle allait se faire attaquer…

little rock 9

L’autre grand sujet de controverse au sein de notre petit groupe de lectrices était celui du vocabulaire que certaines trouvaient inadapté et historiquement faux.
Elles parlaient plus spécifiquement de la manière « très 21ème siècle » dont les adolescentes issues de la bourgeoisie parlent des noirs dans ce livre.
Voici deux exemples (parmi d’autres) de phrases qui les ont dérangées.

« Tout à fait d’accord. Cette négresse est bonne à enfermer. (…) Qui croit-elle convaincre ? Toutes les études scientifiques démontrent que la race blanche est supérieure à la race noire en tous points. Final»

« La jeune fille était toujours immobile.
– Qu’est-ce qu’elle va faire ? On dirait un hamster, vous ne trouvez pas ?
Judy secoua la tête :
– Ah non, les hamsters, c’est blanc.
Dorothy répliqua en riant :
– Oui, mais ça pue. »

Je fais partie de celles qui pensent au contraire qu’années 50 ou pas, bonne famille ou pas, ces adolescents blancs pensaient les noirs tellement inférieurs à eux que les insulter et/ou les considérer comme des animaux était normal. Je reste persuadée que quelque soit l’âge, l’éducation ou le milieu d’origine de ces jeunes, les insultes pleuvaient et n’étaient pas censurées. Je ne pense d’ailleurs pas que les insultes de cette époque étaient très différentes des nôtres.

Un homme souriait, accoudé sur une pancarte qui indiquait « Interdit aux nègres et aux chiens »

Puis nous avons discuté de la difficulté de savoir, pour ce genre de livres, si l’on est touché par l’Histoire, par l’horreur de ce qui s’est passé il y a moins de 60 ans, ou si c’est l’histoire, le style et la plume de l’auteur qui nous touchent.

Les deux sont difficiles à différencier et je ne sais d’ailleurs pas s’il est nécessaire de le faire…

Pour ma part, je ne sais pas si je suis bien arrivée à bien faire la différence, mais je sais que j’ai trouvé le style et l’histoire un peu trop simples. Le style aurait gagné, je pense, à être plus travaillé et les anecdotes et chapitres plus approfondis et détaillés.
Mais je n’oublie pas pour autant que c’est certainement le choix de l’auteur vu qu’il s’agit d’un livre jeunesse. Et en ce sens,  je dois bien admettre que le style est adapté car je le recommanderais les yeux fermés aux enfants dès 10 ans pour qui ce livre serait une parfaite introduction au thème de la haine raciale.

Et si j’ai donc trouvé le style un peu trop simple, cela ne m’a pas empêché d’être touchée et révoltée.

Note de bas de page : Dans les années 20, le « spectacle » d’Afro-Américains pendus à des lampadaires était photographié puis reproduit sur des cartes postales, que s’arrachaient les Blancs.

Cela ne m’a pas empêché d’admirer la force de ces étudiants qui ont risqué leur vie pour leurs idéaux et de ceux qui les ont soutenus d’une manière ou d’une autre, quelque soit leur couleur de peau.

Il fallait persévérer. Montrer à tout le monde que les Noirs n’étaient pas des victimes ou des lâches. Que l’espoir et le courage n’avaient pas de couleur.
Cela étant, Molly avait tout sauf envie de retourner au lycée. Pas question que ce soit elle qui soit à nouveau jetée en pâture pour faire avancer la cause de sa communauté.
Mais alors, que faire ? Le problème paraissant sans solution.

Cela ne m’a pas empêché non plus d’avoir le cœur serré en lisant certains passages ou le prologue qui raconte ce que sont vraiment devenus ces 9 étudiants.

Peut-être que tout cela ne faisait que commencer. Peut-être que le jour viendrait où les Noirs pourraient assister aux mêmes spectacles que les Blancs. Peut-être que les piscines leur seraient ouvertes toutes la semaine, et pas seulement la veille du nettoyage. Qu’il serait permis de se marier en mélangeant les couleurs…

Cela m’a juste empêché d’avoir un coup de cœur…

Ce qui ne m’empêchera pas de recommander ce livre…

Sweet Sixteen – Annelise Heurtier
Editions Casterman – 220 pages 

 

Les avis de mes co-lectrices : Cindy qui a beaucoup aimé, Cajou qui a été touché par le sujet et l’Histoire avant tout, et celui de Caro qui ne partage pas notre enthousiaste.
Et si Julia avait un blog, il me semble que vous pourriez lire chez elle un avis similaire à celui de Caro, un avis pas emballé.

Et je vous invite à lire l’avis dithyrambique de Lily.

 

6
mar

– Non, Lina. N’aie pas peur. Tu ne dois rien leur donner, même pas ta peur.

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En 1939, l’Union Soviétique envahit les trois Etats baltes : la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Peu de temps après, le Kremlin établit une liste de personnes jugées antisoviétiques et condamnées à être assassinées, envoyées en prison ou déportées en Sibérie pour y être réduites en rang d’esclaves. Les médecins et les avocats, les professeurs et les écrivains, les musiciens, les artistes et même les bibliothécaires, les soldats de carrière et les hommes d’affaires étaient tous considérées d’office comme antisoviétiques et furent ajoutés à la liste toujours plus longue des victimes d’un projet d’extermination massive. Les premières déportatiions auront lieu le 14 Juin 1941.
– Extrait de la Note de l’auteur –


Mon dieu, comment vous parler de ce livre ?
Je savais qu’il était triste. C’est bien pour ça que j’ai repoussé sa lecture pendant deux ans. Chaque fois que je le voyais dans ma bibliothèque je le prenais et le reposais.

Finalement je ne sais pas ce qui m’a décidé à l’ouvrir mais je ne le regrette pas.
Je ne suis pas sûre qu’on soit prêt un jour à lire ce genre de livres et de témoignages en réalité.
Même la personne la plus heureuse du monde ne pourrait pas ne pas être touchée et bouleversée par ce livre.

 

Cette lecture a été éprouvante. Intense. Mais tellement belle.
L’histoire de Lina et sa famille déportée de Lituanie vers des camps de travail en Sibérie est terrible, touchante, juste et si réaliste.
Et elle nous renvoie en plein visage tant de choses.
La cruauté des hommes, la chance qu’on a de manger, de boire, de nous laver, d’être en vie. 

Je voyais défiler en esprit des assiettes avec des restes de nourriture emportées à la cuisine avant d’être soigneusement raclées ; je voyais ces restes jetés à la poubelle. J’entendais Jonas – qu’on avait prié de finir son assiette – protester d’une petite voix : « Mais, Mère, je n’ai pas faim. ». Pas faim. Quand avions-nous pu jamais éprouver pareille sensation ?

Je n’ai cessé de m’interroger tout au long de ma lecture ou quand mon esprit n’était pas occupé à autre chose.
J’ai tourné dans mon lit pendant longtemps avant de m’endormir, essayant de changer le cours de mes idées mais en ne cessant de m’interroger…

Aurais-je eu envie de me battre ?

Je fermai la porte des toilettes et entrevis mon visage dans la glace. Je n’avais pas la moindre idée de la vitesse à laquelle il allait changer, se faner. Si je l’avais seulement pressenti, j’aurais fixé avec attention mon image, j’aurais essayé de la mémoriser. C’était la dernière fois que je pouvais me regarder dans un véritable miroir; je n’en aurais plus jamais l’occasion avant une décennie, et même plus.


Comment des personnes ont-elles pu vivre plus de 10 ans dans des conditions pareilles ?

Dix ans ! Se rend-on même compte du temps que ça signifie ? J’en ai froid dans le dos.
Et les conditions de vie. Mon dieu les conditions de vie de ces déportés.
Ses trains, ses camps, la saleté, les poux, la maladie, le froid et la faim…


Je crois que je me serais suicidée.

Je ne trouve pas mes mots pour vous parler de ce livre et de tout ce à quoi il m’a fait songer.

– Comment peuvent-ils décider que nous sommes des animaux ? Ils ne nous connaissent même pas.
– Nous nous connaissons, répondit Mère. Ils se trompent. Ne leur permets jamais, Lina, de te convaincre du contraire. Comprends-tu ?

Il m’a chamboulée comme peu de livres avant, et pourtant, j’ai lu beaucoup de livres sur la seconde guerre mondiale.
Mais là, il y a autre chose. Tant d’autres choses.

Le contexte, pour commencer, à la fois différent et pourtant si semblable.
Je crois que c’est le premier livre que je lis sur ce qu’à fait subir Staline à des millions de personnes, à ces supposés « opposants »  et aux intellectuels de ces pays de l’Est qui ne savaient même pas pourquoi ils étaient déportés.

L’écriture ensuite. Si simple, si belle, si percutante et si touchante. 

– Andrius, commençai-je soudain, j’ai… j’ai peur !
Il s’arrêta net et se tourna vers moi.
– Non, Lina. N’aie pas peur. Tu ne dois rien leur donner, même pas ta peur.

Et bien sûr, la voix de Lina, ses dessins, ses espoirs, sa haine, les brides de souvenirs de son passé que l’on retrouve en italique dans le texte et son talent. Sa mère, si juste et si intelligente, Jonas, son petit frère si généreux, le Chauve qui incarne le défaitisme, l’homme à la montre, si sage, et bien sûr Andrius, source d’espoir.

Qu’aurais-je fait ?

Alors oui, vous allez peut-être un peu pleurer et vous aurez, c’est une certitude, la gorge nouée tout au long de votre lecture, mais quelle claque ! Quel témoignage ! Quel leçon !

– Elena, pouvez-vous me passer le talc, s’il vous plaît ? dit Mme Rimas tout en s’essuyant le derrière avec une feuille d’arbre.
Le spectacle que nous offrions ainsi était si ridicule que nous éclatâmes de rire. On riait vraiment. Mère riait même si fort que ses boucles s’échappèrent du mouchoir qu’elle avait noué autour de ses cheveux.
– Notre sens de l’humour, déclara Mère dont les yeux étaient mouillés de larmes. Ils ne peuvent pas nous le prendre, n’est-ce pas ?

Ce livre devrait être obligatoire au collège ou au lycée.
Pour ne pas oublier. Pour apprendre à relativiser aussi.
Parce que c’est un livre coup de poing qui me marquera longtemps.
Parce qu’il est beau. Et juste. Et tellement prenant. Et qu’il nous envahit d’émotions.
Parce qu’on se souvient, qu’on apprend, qu’on pleure, qu’on maudit, qu’on a peur, qu’on espère, qu’on condamne.
Parce que je suis sûre que peu de personnes connaissent vraiment cette période de l’histoire, ce qu’on fait les Soviétiques ou les conditions de vie dans ces camps de travail.
Parce que c’est arrivé il y a 70 ans seulement.
Et parce qu’on doit savoir et se rappeler, tout simplement.

Etait-il plus difficle de mourir ou de survivre ? J’avais à peine seize ans, j’étais perdue aux confins de la Sibérie, mais je connaissais la réponse. C’était même la seule chose dont je n’avais jamais douté. Je voulais vivre. Je voulais voir mon frère grandir. Je voulais revoir la Lituanie. Je voulais respirer l’odeur du muguet que la brise transportait jusque sous ma fenêtre. Je voulais peindre dehors, dans les près. (…). Il n’y avait que deux issues possibles en Sibérie : ou bien survivre, c’est-à-dire réussir, ou bien mourir, autrement dit échouer. J’avais choisi la vie. J’avais choisi de survivre.

Comment peut-on faire ça à un autre être humain ? Et pourquoi ? 

En 1991, après cinquante ans d’occupation, les trois pays Baltes ont retrouvé leur indépendance et, avec elle, la paix et la dignité. Ils ont préféré l’espoir à la haine et montré au monde qu’une lumière veille toujours au fond de la nuit la plus noire. S’il vous plaît, réfléchissez à cela. Parlez-en autour de vous. Ces trois minuscules nations ont appris au monde qu’il nest pas de plus puissante arme que l’amour. Quelle que soit la nature de cet amour – qui peut aller jusqu’à pardonner à ses ennemis -, il nous révèle la force miraculeuse de l’esprit humain.
– Extrait de la Note de l’auteur –

Je vous invite à lire l’avis de Bladelor qui l’a lu en même temps que moi et qui a été autant touchée.
Et voilà ce qu’en dit Alya qui trouve toujours les mots justes pour parler des livres : »Une très, très belle histoire, terrible et poignante, et qui prend aux tripes. C’est une véritable leçon de vie que nous offre l’héroïne, combative et obstinée de bout en bout. Je l’avoue, j’ai parfois versé ma petite larme. Mais c’est finalement dans les pires moments que transparaît tout ce qu’il y a de plus beau dans l’être humain. Car oui, comme le suggère la couverture, il y a toujours une étincelle d’espoir »

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