Les lectures de Cécile

10
jan

je suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésirables.

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Je n’ai jamais été très « nouvelle ».
A peine commence t-on à s’attacher aux personnages que déjà, on doit les quitter.
Mais ça, c’était avant de lire celles de Zweig, puis celle-ci.

 

Stuttgart, 1932.
Hans, fils d’un médecin juif, est un garçon indépendant, qui n’a pas vraiment d’amis à l’école.
Quand Conrad, jeune aristocrate arrive un jour en classe, Hans décide qu’il sera son ami malgré leur différence de classe sociale.

Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami mais je ne doutais pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie qui  et eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus.

 

Sans trop y croire, Hans rêve donc de cet idéal d’amitié sans ce douter que ce rêve est partagé par Conrad.

Quand je l’eus presque rattrapé, il se retourna et me sourit. Puis d’une geste étrangement gauche et encore indécis, il serra ma main tremblante. « c’est toi, Hans ! » dit-il, et tout d’à coup, je me rendis compte, à ma joie, à mon soulagement et à ma stupéfaction, qu’il était aussi timide que moi et, autant que moi, avait besoin d’un ami.

 

Hans est juif mais ne croit pas spécialement en un Dieu particulier.
Une chose est sûre, ce n’est pas sa religion qui le définit. Il est allemand avant tout. Pas juif.

Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif  n’avait fondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant tout chose, puis Allemands, et puis Juifs.  Quel autre sentiment pouvait être le mien, ou celui de mon père, ou celui du grand-père de mon père.

 

Sauf que voilà, si Hans amène toujours Conrad chez lui, la réciproque n’est pas vraie. Et les peu de fois où cela arrive, les parents de Conrad ne sont jamais là. On se doute de quelque chose, bien sûr, et Hans aussi mais ce n’est qu’un peu plus tard que l’on en comprend vraiment la raison lors d’un passage très touchant…

Mais quand je les vis enfin, j’eus envie de m’enfuir. Ne vaudrait-il pas mieux écarter la pointe de la dague qui, je le savais par l’atavique intuition d’une enfant juif, me serait, sans quelques minutes, plongée dans le cœur ? Pourquoi ne pas éviter la souffrance ? Pourquoi risquer de perdre un ami ? Pourquoi demander des preuves au lieu de laisser s’endormir le soupçon ?

Et puis, il y a la montée du nazisme et les parents d’Hans décident de l’envoyer aux USA…
Mais je ne vois pas pourquoi tu ne reviendrais pas plus tard. L’Allemagne a besoin de gens comme toi et je suis convaincu que le Führer est parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésirables.

 

Ce qui se passe après, je me garderai bien de vous le raconter mais sachez que le titre de ce texte prend tout son sens dans la dernière phrase. (que je n’avais pas lue avant !)


Après avoir voulu souligner la moitié de la nouvelle, c’est avec le cœur serré que je l’ai terminée. J’ai adoré ce livre. Il est touchant et prenant, contient des références littéraires à toutes les pages et une chute incroyable qui ne nous laisse pas indifférents.

Ce livre est un bijou. A lire absolument.

 

 

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L’ami retrouvé – Fred Uhlman
Editions Folio – 128 pages

 

 

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27
oct

Souvent, m’éveillant le front en sueur, je m’apercevais que j’avais continué à jouer en dormant.

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Je ressors encore une fois sous le charme de l’écriture de Stephan Zweig. Quelle plume ! Quel style ! Il a le don de nous embarquer dans ses histoires, de faire ressentir les émotions des personnages, de nous toucher.

 

Lors d’une traversée en bateau de NY à Buenos Aires le narrateur a l’occasion de jouer, avec d’autres personnes, contre le champion mondial d’échec, Mr Czentovic, un homme inculte, pédant et très sur de lui.

Assurément je connaissais par expérience le mystérieux attrait de ce « jeu royal », le seul entre tous les jeux inventés par les hommes, qui échappe souverainement à la tyrannie du hasard, le seul où l’on ne doive sa victoire qu’à son intelligence ou plutôt à une certaine forme d’intelligence.


Durant cette partie, une autre personne fait son entrée et va conseiller nos amateurs, les sauvant ainsi d’une défaite cuisante.
Tous se demande alors, notre champion du monde inclus, qui est ce nouveau venu, Monsieur B, qui assure n’avoir pas joué depuis 20 ans ?

On apprend très vite qu’il était prisonnier pendant l’occupation Nazi, et qu’au lieu d’être envoyé aux camps, il a été enfermé et isolé dans une pièce blanche avec pour seul ornement, un lit. Seul pendant des mois, sans personne à qui parler, sans rien à faire, ne pouvant s’empêcher de se remémorer les interrogatoires auxquels il est fréquemment soumis.

Le lien avec les échecs, je vous laisse le découvrir. Sachez juste que ce personnage complexe est très bien décrit, on suit son parcours et la naissance de la folie, inévitable. 

La joie que j’avais à jouer était devenue un désir violent, le désir une contrainte, une manie, une fureur frénétique qui envahissant mes jours et mes nuits. Je ne pensais plus qu’échecs, problèmes d’échecs, déplacement de pièces.
Souvent, m’éveillant le front en sueur, je m’apercevais que j’avais continué à jouer en dormant.

Pendant tout le livre la tension monte crescendo jusqu’à atteindre son paroxysme vers la fin, lors d’un face à face fascinant, qui m’a limite angoissée. La différence entre le Mr B qui compte son histoire et le Mr B qui joue face au champion est saisissante pour ne pas dire flippante. 

« Encore une partie ? demanda-t-il.
– Mais certainement ». répondit M. B…, avec un enthousiasme qui me fit une fâcheuse impression…

 

Ce récit m’a envoûtée depuis la première jusqu’à la dernière page tant il est intense, prenant et angoissant.
Je ne peux que le recommander.

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig
Editions Le livre de poche – 95 pages

Classique final 3 4 (et on ne se moque pas !)
 

 

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10
sept

Rien n’est petit pour un grand esprit.

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Voilà un livre que j’ai lu dans le cadre de mon challenge Un Classique par mois et que j’ai apprécié même si je n’en garderai pas un souvenir intarissable.

Nous assistons à la rencontre entre Sherlock Holmes et ce cher Dr Watson qui constitue l’aspect du livre qui m’a le plus plu : j’ai trouvé très sympathique le côté « je suis en train de découvrir les débuts de ce binôme mythique ».  (Néanmoins pas aussi mythique que celui que je forme avec Mlle Pointillés cela va sans dire).

Nous faisons donc la connaissance de Sherlock à travers les yeux de Watson qui est le narrateur et pour qui son nouveau colocataire est une énigme.

Alors que Watson nous est tout de suite sympathique, j’avoue que Sherlock Holmes a éveillé en moi des sentiments un peu contradictoires.
Il a une personnalité très particulière : si j’ai aimé son côté mystérieux et sûr de lui, ainsi que son côté ermite, j’ai eu plus de mal avec sa suffisance et son arrogance. Il ne fait aucun doute que Sherlock Holmes se trouve génial, qu’il prend de haut les autres enquêteurs, policiers ou autres détectives qui n’atteignent pas son génie. 
Du coup on sourit devant son audace, on roule des yeux devant son arrogance, on applaudit son génie et il nous apparaît clairement que ce sont toutes ces facettes (et la complexité) de sa personnalité qui font de lui cette figure emblématique connue et aimée mondialement.

« L’horreur ne va pas sans l’imagination »

Niveau histoire : alors que Watson se demande encore qui est Sherlock, ce qu’il fait de sa vie et qui sont toutes ces personnes si différentes qui lui rendent visite, un corps est trouvé sans vie, sans aucune trace de sang dans un appartement inoccupé.
Sherlock décide d’enquêter, amène avec lui le Dr Watson et trouve très rapidement le coupable. C’est à ce moment là, arrivés à la moitié du livre que nous faisons un bon dans le passé et que nous suivons l’histoire et le passé du meurtrier. J’ai trouvé cet aspect très particulier. Ce changement de décor, de narrateur, d’ambiance, cette histoire dans l’histoire qui nous tombe dessus sans qu’on s’y attende (à tel point qu’on se demande si on a commencé une autre histoire) m’a légèrement dérangée.

Finalement, cette deuxième partie s’avère très intéressante (voire plus que la première) même si il nous faudra du coup attendre la fin, très vite expédiée, pour connaître les déductions de Sherlock Holmes. Déductions données de manières un peu obscures et sans vraiment de détails, ce qui est le côté qui m’a finalement le plus dérangé. J’aurais aimé passer plus de temps et en savoir plus sur ce qui a amené Sherlock Holmes a démasquer le coupable. Ceci dit, cette histoire est sympathique et se lit très rapidement. Je ne regrette pas cette lecture même si je n’en ressors pas spécialement emballée. Je pense lire prochainement « le chien des Baskerville ».


Une étude en rouge – Arthur Conan Doyle
Editions Le Livre de Poche – 147 pages

classique final2 3/8 (Encore un challenge que je vais réussir haut la main on dirait :-))

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