Les lectures de Cécile

26
nov

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

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Avant même que ce livre se voit décerner le prix Goncourt, je n’en entendais que du bien.
Coups de cœur des uns, LE livre à lire de la rentrée littéraire (s’il ne fallait en choisir qu’un) pour d’autres, mes proches qui le dévoraient… il fallait que je le lise.
Tout comme il fallait bien une exception à l’enthousiasme général. Moi en l’occurrence.
Car oui, je suis loin de partager les éloges des autres pour ce prix Goncourt.

Ce livre raconte l’histoire d’Albert Maillard qui, à quelques jours de l’armistice, se lance dans un dernier assaut contre les Allemands, orchestré par le lieutenant Pradelle. Lieutenant qui poussera Albert dans un trou d’obus, où il finira enseveli et enterré vivant.
Quand Edouart Pericourt, un autre soldat, le sort de là in extremis, leurs sorts s’en trouvent à jamais liés. Car si Albert s’en sort indemne, ce n’est pas le cas d’Edouard qui termine cette guerre défiguré et accroc à la morphine.
Albert se sent alors redevable et va tout faire pour l’aider au quotidien.

Mais Au revoir là-haut, c’est surtout une histoire d’escroquerie.

Celle du lieutenant Pradelle, pour commencer, qui va monter une arnaque envers l’Etat qui souhaite rassembler les cadavres de cette guerre dans des cimetières dédiés, celle d’Edouard et d’Albert ensuite, qui vont finalement trouver un moyen de s’enrichir (également au détriment de l’Etat).

Voilà pour le résumé.
Intéressant ? Certes. Original ? Tout à fait !

 

Seulement voilà, il n’est question pour la première fois de l’escroquerie d’Edouard et d’Albert qu’à la moitié du livre, soit tout de même à plus de 300 pages.
Avant cela ? On a le droit aux détails de celle mise en place par Pradelle, qui est intéressante, j’en conviens tout à fait, si ce n’est que les chapitres dédiés à son plan sont répétitifs et que par conséquent cette intrigue s’étire en longueur.

Tout comme les chapitres sur les conditions de vie de nos « héros », d’ailleurs.
Certes, j’ai trouvé très intéressante la façon dont Lemaitre dépeint le sort de ces Poilus qui se retrouvent seuls, laissés pour compte, sans soutien, sans but, sans emploi, et surtout, sans les primes et aides promises par l’Etat qui gère cet après-guerre de manière dramatique.
Mais de là à en faire l’intrigue  principale de la première partie du livre, j’avoue avoir trouvé ça long.

La banque ne l’avait pas repris. L’époque était déjà lointaine où les députés déclaraient, la main sur le coeur, que le pays avait une « dette d’honneur et de reconnaissance vis-à-vis de ses chers poilus ».
(…) Pour Albert, trouver de l’argent était devenu un travail à plein temps. 

Stephie parle de retournements de situation dans son billet.
Pour ma part, je les ai trouvés tellement rares et tellement noyés dans les longueurs et répétitions qu’ils ne me faisaient presque plus d’effets.
Alors, oui, quand on voit Pradelle réapparaitre, on ne s’attend pas à ce qu’on apprend. Mais à part ça ? Pas sûre d’avoir été beaucoup surprise.

Le style, quant à lui, est très intéressant : percutant, mêlé d’un peu d’humour noir…
Mais malheureusement, à force de m’ennuyer dans l’intrigue j’ai fini par également m’ennuyer du style.

J’ai cependant eu un regain d’intérêt à partir de la moitié du livre.
Nos héros allaient enfin agir et essayer de s’en sortir. Le méchant  Pradelle risquait de tomber. Voilà qui allait changer de cette première partie que j’ai trouvé finalement, très déprimante, voire glauque.

Ah pour ça, songeait Albert, on pouvait reprocher pas mal de choses à Edouard, mais il possédait du génie pour trouver des idées.
Surtout pour les catastrophes : le changement d’identité, l’impossibilité de toucher la prime du gouvernement, le refus de rentrer chez lui où il y avait tout le confort, la rébellion contre la greffe, l’accoutumance à la morphine, maintenant son escroquerie aux monuments aux morts… Les idées d’Edouard étaient de véritables pelles à emmerdements. 

Malheureusement, le constat ne diffère finalement pas dans la seconde moitié.
Ce livre, dans son ensemble, m’aura mis mal à l’aise.

La description du visage d’Edouard qui revient sans cesse, le caractère un peu simplet d’Albert, le père qui à un regain d’affection – trop tardif –  pour son fils, les personnes cocufiées, l’arnaque de Pradelle et son exploitation des étrangers, celle d’Albert et Edouard qui finissent par escroquer des citoyens sans moyens, les personnages secondaires, comme les représentants du ministère, qui sont tous déprimants et méprisables, la tête de cheval dont je ne suis pas sûre de comprendre la symbolique (si symbolique il y a), les masques, les addictions d’Edouard… Pas un personnage, pas un élément qui soit positif dans tout le livre.  Et je ne vous parle pas de cette fin, encore plus invraisemblable que le reste du livre.
J’en suis même arrivée au point où j’avais envie qu’Albert et Edouard se fassent démasquer, c’est pour dire mon attachement aux personnages…

Décidément, pensa Henri (Pradelle), à part me prêter sa femme, cet imbécile ne me sert strictement à rien. 

Tant bien que mal, je suis arrivée à bout de ce roman (car je dois bien l’avouer, j’avais quand même envie de savoir comment tout cela allait terminer) qui aurait pu facilement faire 200 pages de moins.
Finalement, si l’histoire et le style sont originaux, ce livre dans son ensemble me laissera une impression globale d’ennui teintée de descriptions sinistres et lugubres.
Je me fais donc l’effet d’un OVNI, étant la seule à ma connaissance à ne pas avoir aimé ce livre. Quoi qu’il en soit, je ne le recommande pas.
Je vous invite à les lire des avis bien plus positifs chez Stephie, Laurie Lit, Cuné, Yueyin, Argali, Liliba.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre
Editions Albin Michel – 376 pages dans l’idéal, mais en vrai : 576 pages. 

 

1pourcent 3/6

16 commentaires sur “Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

  1. Ca arrive, la Miss, qu’on nage à contre-courant. Perso, il ne me tente guère, même si effectivement l’intrigue paraissait originale. Et si tu cherches d’autres propositions pour ton challenge « rentrée littéraire », je te conseille vivement la saison de l’ombre de Léonora Miano. C’est mon plus récent coup de coeur !

    • OK je note ! J’étais sûre d’avoir vu passer un post de toi sur ce livre mais je ne trouve pas de billets dessus ?! J’ai rêvé ?
      Je ne sais même pas de quoi ça parle mais c’est noté !

      • En fait, j’en ai parlé sur FB mais je n’ai pas encore rédigé le billet, ce sera pour la semaine prochaine ;)
        Ca parle de la traite négrière, mais ni du point de vue des prisonniers ou des Européens, mais du point de vue de ceux qui sont restés en arrière et ne comprennent pas pourquoi leurs proches ont disparu. C’est extrêmement touchant, sensible, le style est ciselé, vraiment un livre à découvrir. :)

  2. Tu me fais penser que j’ai oublié de parler de Madeleine dans mon post, je l’aime bien cette dame, elle a du caractère et elle sait ce qu’elle veut… et je suis visiblement moins choqué que toi par sa situation (ma foi plus que courante dans ce milieu et d’ailleurs on peut se dire au moins que les femmes semblent également plutôt s’en donner à corps joie). Je pense aussi qu’il y avait quelques longueur au milieu du bouquin mais j’aimais bien l’arnaque des poilus et je leur souhaitais de tout coeur de réussir :-) je suis vilain… cela dit ce n’est pas un coup de coeur pour moi, il y a plusieurs bouquins de cette rentrée que j’ai préféré, à commencer par monde sans oiseaux <3 et aussi faillir être flinguée et Une part de ciel dont je vais parler bientôt :-)

    • Sa situation ne m’a pas vraiment choquée. Je pointais cet exemple surtout pour dire que même le personnage le plus normal du livre a un quotidien un peu glauque. Pour montrer qu’il n’y a pas une once d’optimisme dans ce livre.
      Pour ce qui est de l’arnaque des poilus, au début je voulais aussi qu’ils réussissent, et puis finalement quand j’ai compris qu’ils arnaquaient des pauvres gens, ça m’a refroidie.
      Je vais lire tes billets sur cette rentrée, histoire de pas rester sur cette déception.

  3. Espèce d’ovni, va ! Mais pas grave, je t’aime quand même toujours :)

  4. Bella le 26 novembre 2013 à 21h06 a écrit :

    En ce qui me concerne, ce livre ne me tente pas et maintenant que j’ai lu ton avis, encore moins :-) Je l’ai vu l’autre jour et franchement, je trouve le titre complètement con ! ;-s

  5. Julia le 27 novembre 2013 à 17h34 a écrit :

    Bien bien bien…
    J’ai lu 20 pages de ce livre….
    Ce sera peut-être suffisant :D

  6. Très intéressant ton billet, ça remet quelque peu les pendules à l’heure ! Pour tout te dire, j’ai peur d’être déçue, du coup je retarde le moment de me lancer dans cette lecture alors que je meurs d’envie de lire Lemaitre dans un registre différent du polar (où je l’adore…) Bon, je me le garde pour les vacances de Noël et je te tiens au jus ! ;-)

  7. il ne me tente pas pour le moment, j’ai trop peur d’être déçue tellement j’ai aimé Lemaitre jusqu’à présent…

  8. Comme Noukette, j’ai peur d’être déçue, alors j’attends un peu !

  9. Il est dans ma LAL, mais j’hésite, pour le moment.

  10. Ce n’est pas grave d’être à contre-courant : ce qui est important, c’est de dire ce que tu penses réellement et d’être honnête :)

  11. Syl. le 2 décembre 2013 à 21h23 a écrit :

    Il est sur ma liste de Noël. Je te dirai… mais il sera mon premier de l’auteur.

  12. Eli le 4 décembre 2013 à 17h12 a écrit :

    Cess, essaie quand même un polar de Lemaître : Alex ou Robe de marié. Ne serait-ce que pour l’atmosphère, même si tu n’aimes pas le genre.
    Quant à Au revoir là-haut (titre extrait d’une lettre d’un soldat injustement exécuté pour « couardise »), j’ai pensé à toi ce we : je me suis pris une avoinée d’une copine qui en parlait comme le livre qui l’aura le plus marquée de ces dernières années. J’ai préféré ne pas lui demander ce qu’elle avait lu ces dernières années…

    • Au fond ce n’est pas que je n’aime pas les polars, quand j’en lis, je les dévore, mais c’est surtout que je m’en souviens rarement après coup étant donné que je ne m’attache pas aux personnages.
      J’ai « robe de marié » chez moi depuis au moins deux ans. Je le lirai sûrement car tout le monde en dit le plus grand bien. J’espère juste un peu moins m’ennuyer.
      Et LOL pour ta copine. Comme quoi… Ceci dit, nous devons être les deux seules personnes pas totalement convaincues par ce livre (moi encore moins que toi, on est d’accord).

  13. entinea le 7 décembre 2013 à 12h00 a écrit :

    Alors là je suis obligée d’intervenir !
    Je ne vois que des louanges de ce livre sur le net et je tombe sur ce post. Qui me convient parfaitement !
    Le roman de Lemaître n’est pas à mon sens à la hauteur du Goncourt. Je ne le trouve pas aboutit.
    Les premières pages certes saisissantes, ne laissant aucune chance au lecteur de se dérober, vont petit à petit révéler un style par trop familier qui finit par agacer. Je me suis souvent perdue dans la chronologie et souvent la lecture hoquette sur les choix de l’auteur prenant le chemin le plus facile pour l’intrigue.

    • Le style est intéressant mais je suis d’accord, il finit également par lasser.
      Je suis contente de lire un autre avis qui rejoint le mien. :-)

  14. Lila le 29 mars 2014 à 22h48 a écrit :

    personnellement j’ai apprécié ma lecture , je n’ai jamais été déçue d’un livre de Pierre Lemaitre jusque là (mais je reconnais que celui ci est dur )

  15. Margaux le 5 mars 2015 à 19h23 a écrit :

    Bonjour tous le monde, moi je suis en 3ème, j’adore lire mais ce livre n’est adapté pour tous le monde. Car il faut bien aimer lire ce genre de livre. Mais quand on aime ca ce livre doit etre tres interesant.

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